Le gouvernement ghanéen s’apprête à opérer un tournant stratégique dans le secteur du cacao, pilier historique de son économie. Objectif : redonner au cacao son rôle de moteur de l’économie nationale tout en restructurant une filière affaiblie. Il s’agit ainsi d’une ambition qui vise à restaurer la production à 1 million de tonnes métriques en misant sur des plantations à grande échelle. Dans une déclaration qui marque un changement de cap ambitieux pour le secteur agricole, le ministre ghanéen des Finances, Dr Cassiel Ato Forson, a annoncé l’acquisition prochaine de 200 000 hectares de terres destinées à la culture du cacao. Cette initiative, portée par le Ghana Cocoa Board (COCOBOD) sous la supervision directe du ministère des Finances, vise à enrayer la chute spectaculaire de la production nationale, passée de plus d’un million de tonnes métriques à environ 500 000 tonnes au cours des dernières campagnes.
S’exprimant lors de l’installation du nouveau conseil d’administration de COCOBOD, désormais fort de onze membres, le Dr Forson qui en fait désormais partie en vertu d’une récente réforme législative a insisté sur l’urgence d’interventions structurelles fortes : « Le cacao a toujours été le pilier de notre économie, et cela ne doit pas changer », ajoutant que le ralentissement de la production et de la stabilité financière, qu’il qualifie d’inquiétant, est le résultat d’une mauvaise gestion massive ces dernières années. Et de marteler : « Il est temps d’agir avec détermination ».
Une stratégie agro-industrielle de reconquête
Le projet consiste à mettre en place des plantations industrielles de cacao, qui viendront compléter le travail des petits exploitants, jusqu’ici principaux acteurs de la filière. L’acquisition foncière, selon les précisions du ministre, permettra non seulement d’augmenter significativement les volumes de production, mais aussi de créer une dynamique de croissance durable, soutenue par des pratiques agricoles modernisées et des investissements ciblés. Cette décision intervient dans un contexte de détérioration généralisée des plantations, notamment dans la région occidentale du Ghana, affectées par les effets conjugués du vieillissement des cacaoyers, des maladies, du changement climatique et d’un déficit d’investissement technique. Le gouvernement promet d’accorder une attention particulière à ces zones sinistrées.
En toile de fond, la gouvernance du COCOBOD se voit également revue. Le nouveau président du conseil d’administration, Dr Samuel Ofosu Ampofo, s’est engagé à réinitialiser, réorganiser et repositionner l’institution afin d’en faire une administration performante et transparente, capable de répondre aux défis actuels du secteur.
Le soutien financier de l’État est clairement affiché. Le ministère des Finances a promis un accompagnement ferme dans la mise en œuvre du plan de relance. Cette stratégie d’expansion foncière s’inscrit dans un schéma de reconstruction d’un secteur stratégique, à un moment où les marchés internationaux continuent de connaître une forte volatilité des prix du cacao, dopés par les pénuries d’offre en Afrique de l’Ouest. Pour le Ghana, deuxième producteur mondial, l’enjeu est non seulement économique, mais aussi social : il représente quelque 10 % du PIB du pays, dépendant fortement des petits exploitants, et fait vivre un million d’habitants, sur les 33 millions que compte le pays.
Par Léon Yougbaré



