La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a réagi, ce mardi 10 juin 2025 à la décision de l’agence Fitch Ratings de revoir à la baisse sa perspective, désormais négative. Dans un communiqué, la banque a défendu sa situation financière, affirmant qu’elle reste robuste et que son cadre juridique la protège contre les risques évoqués par l’agence.
Fitch a exprimé des inquiétudes, le 4 juin, sur une possible restructuration de créances souveraines dues à Afreximbank par certains États africains. Ces doutes ont conduit à l’abaissement de la perspective, bien que la note elle-même ait été maintenue à BBB. L’agence reproche aussi à la banque sa méthode de classification des prêts non performants (NPL), qu’elle juge différente de la sienne. Afreximbank, de son côté, assure appliquer les normes IFRS 9, avec une approche « fondée sur des informations prospectives » et validée par un audit externe.
La banque rejette catégoriquement tout lien avec des processus de restructuration de dettes. « Une telle implication serait contraire au traité constitutif de la Banque », rappelle l’institution, créée par 53 États africains. Ce traité lui garantit une indépendance juridique forte et la préserve des changements unilatéraux de conditions imposés par les emprunteurs.
Malgré cette passe d’armes, Fitch reconnaît certains points forts : une base de capital jugée solide, une excellente capacité interne de génération de fonds propres, et des actifs de trésorerie de grande qualité. Autant d’éléments qui, pour Afreximbank, confirment sa résilience et la pertinence de sa gestion des risques.
Cette décision de Fitch intervient dans un climat de méfiance croissante à l’égard des grandes agences de notation. Des pays comme le Ghana ou la Zambie ont déjà dénoncé des dégradations successives de leurs notes, qu’ils estiment injustes et amplificatrices de leurs difficultés financières. Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) a d’ailleurs fustigé l’analyse de Fitch sur Afreximbank, l’accusant d’ignorer les spécificités des institutions africaines.
Face à ces critiques, l’Union africaine prépare une riposte : une agence de notation panafricaine, l’AfCRA (Agence africaine de notation de crédit), devrait voir le jour d’ici la fin septembre 2025. Sa première note souveraine est attendue entre fin 2025 et début 2026. Une étape stratégique pour offrir une alternative aux géants que sont Fitch, Moody’s et S&P, et pour redonner aux économies africaines la maîtrise de leur image financière.
Par Drissa Ouattara



