mercredi 29 avril 2026

E-commerce : Le fonds britannique Baillie Gifford, premier soutien institutionnel de Jumia, se retire entièrement de l’entreprise après six ans d’investissement

C’est une page qui se tourne pour Jumia. Le fonds britannique Baillie Gifford, longtemps premier soutien institutionnel de la plateforme, a soldé l’intégralité de sa participation dans l’entreprise, marquant la fin d’un pari de six ans sur un modèle de commerce électronique qui peine toujours a prouvé son efficacité. L’information a été révélée en mai 2025 dans un document officiel transmis à la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis.

En 2019, au lendemain de l’introduction en Bourse très médiatisée de Jumia à New York, Baillie Gifford avait acquis près de 18 millions d’actions, soit une participation de 11,45 %. À l’époque, l’action flirtait avec les 26 dollars, propulsée par l’ambition de devenir le « Amazon de l’Afrique ». Aujourd’hui, elle se négocie à peine à 2,50 dollars, signe d’un désenchantement profond.

Ce retrait n’est pas isolé. Depuis 2021, d’autres grands investisseurs comme Goldman Sachs, JPMorgan ou Citi ont réduit leur exposition à Jumia, souvent en dessous du seuil réglementaire de 5 %. La tendance est claire : la confiance des institutions s’effrite, et avec elle, les espoirs d’un modèle africain de l’e-commerce à l’occidentale.

Pour faire face à cette situation, Jumia a adopté une stratégie de « survie d’abord ». En 2024, les réductions de personnel, de dépenses marketing et de frais généraux ont permis de limiter la casse, réduisant les pertes d’exploitation de 10 %, à 66 millions de dollars. La consommation de trésorerie a aussi ralenti, tombant à 23 millions de dollars par trimestre. Mais ces gains ont été de courte durée. Début 2025, la dépréciation des monnaies locales, notamment en Égypte et au Nigeria, a fait remonter les pertes à près de 19 millions de dollars.

Lire aussi : E-Commerce : le géant africain Jumia enregistre une perte d’exploitation de 39,6 milliards de FCFA en 2024 – Horonya finance

En parallèle, le chiffre d’affaires continue de chuter. Après une baisse de 10 % en 2024, les revenus ont plongé de 26 % au premier trimestre 2025. Le retrait de marchés clés comme l’Afrique du Sud et la Tunisie, couplé à la forte dévaluation de la livre égyptienne, a fragilisé un peu plus les fondamentaux de l’entreprise.

La direction tente de rassurer en soulignant une hausse de 21 % des commandes de biens physiques, mais celle-ci repose sur un nombre de marchés plus réduit et des paniers moyens plus faibles. Sans véritable relais de croissance, Jumia risque de se transformer en une entreprise structurellement plus petite, toujours déficitaire, et à la peine pour séduire à nouveau les investisseurs.

Par Drissa Ouattara

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