mercredi 29 avril 2026

Afrique subsaharienne : une croissance sous tension malgré une accélération prévue jusqu’en 2027, selon le FMI

Après une année 2023 marquée par des vents contraires, l’Afrique subsaharienne a repris de la vigueur économique en 2024, avec un taux de croissance régional de 3,5 %, en hausse par rapport aux 2,9 % enregistrés un an plus tôt. Cette amélioration, révélée par les dernières Perspectives économiques mondiales du Fonds Monétaire International (FMI), repose principalement sur la hausse des investissements publics et le regain des exportations de matières premières. Selon l’institution de Bretton Woods, qui s’appuie sur des chiffres de sa sœur, la Banque mondiale, l’accélération de la croissance est généralisée, plus de 60 % des économies ayant enregistré une croissance plus rapide en 2024 que l’année précédente.

Pourtant, cette dynamique masque des réalités contrastées au sein des principales économies du continent. Le Nigeria, moteur démographique et économique de l’Afrique, a vu son PIB croître de 3,4 %, soutenu par la reprise de la production pétrolière et le dynamisme des services. À l’inverse, l’Afrique du Sud continue de s’enliser dans une croissance molle (0,5 %), plombée par des goulets d’étranglement structurels et une inefficacité persistante des dépenses publiques. Selon le rapport, la performance économique la plus notable provient du reste de la région, avec une croissance accélérée de 4,6 % en 2024 contre 3,7 % en 2023. Des pays comme le Bénin (7,5 %), la Guinée (5,7 %) ou encore le Rwanda (8,9 %) continuent de tirer leur épingle du jeu grâce à une stabilité politique relative, une mobilisation accrue des recettes fiscales et un agenda d’investissements productifs.

À côté de ces pays, le Burkina Faso s’en sort avec une croissance estimée à 4,9 %, malgré les multiples défis auxquels il est confronté. Cette croissance devrait connaître une baisse dans les deux prochaines années, à savoir 4,3 % en 2025 et 4,7 % en 2026, avant de rebondir à 5 % en 2027. Les deux autres pays avec lesquels il forme la Confédération des États de l’AES, en l’occurrence le Mali et le Niger, affichent des croissances estimées respectivement à 4 % et 8,4 %. Le niveau de croissance au Mali devrait croître progressivement à 4,8 % dans les deux prochaines années, avant de retomber à 4,7 % en 2027. En revanche, la croissance au Niger connaîtra une dégradation au cours des trois prochaines années, passant de 7,1 % en 2025 à 5,1 % en 2026, puis 4,5 % en 2027. La Côte d’Ivoire, poumon économique de l’UEMOA, affiche quant à elle une croissance de 6 %, avec des projections de 5,8 % en 2025 et 6,1 % en 2026.

En outre, malgré des signes de désinflation, l’inflation alimentaire repart légèrement à la hausse en ce début d’année 2025, en particulier dans la Corne de l’Afrique, fragilisée par des épisodes de sécheresse prolongés. Cette situation, d’après l’analyse du FMI, a contraint les banques centrales à la prudence : l’Angola, l’Éthiopie et le Nigeria ont suspendu les hausses des taux directeurs, cherchant un équilibre entre stabilité des prix et soutien à la croissance. À moyen terme, le FMI prévoit une accélération progressive du PIB de l’Afrique subsaharienne à 3,7 % en 2025, puis 4,2 % en moyenne entre 2026 et 2027. Toutefois, précise le rapport, ces taux restent en deçà du seuil nécessaire pour une réduction significative de la pauvreté. En effet, le revenu par habitant n’augmenterait que de 1,6 % par an, un rythme insuffisant pour combler le retard avec les autres économies émergentes.

Par ailleurs, les perspectives ont été revues à la baisse de 0,4 point pour 2025, signe d’une prudence accrue face à un environnement mondial incertain, marqué notamment par les tensions géopolitiques, le protectionnisme commercial croissant et la confiance dégradée des marchés. Le rapport souligne également le poids écrasant de la dette dans plusieurs pays africains, freinant les marges de manœuvre budgétaires malgré une volonté affichée de consolidation. La montée des phénomènes climatiques extrêmes, en particulier les sécheresses et les inondations, constitue par ailleurs un risque structurel majeur susceptible d’anéantir des années de progrès.

Par Léon Yougbaré

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