mercredi 29 avril 2026

Afreximbank 2025 : Simon TIEMTORE, Arnold EKPE et Samaila ZUBAIRU sonnent la mobilisation des capitaux locaux pour financer le développement de l’Afrique

Lors des 32es Assemblées annuelles de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), des leaders africains et caribéens des institutions financières ont animé un panel de haut niveau autour du thème : « Financer le développement avec ses propres capitaux : un appel à l’action, lancé aux institutions financières multilatérales d’Afrique et des Caraïbes ». Un sujet d’une brûlante actualité, à l’heure où les financements extérieurs se raréfient pour les pays africains.

Pendant près d’une heure, les intervenants ont partagé leur vision et leurs solutions devant Lerato Mbele, ancienne présentatrice de la BBC. Parmi eux figuraient Simon Tiemtoré, Président de Lilium Capital et de Vista Group Holding ; Arnold Ekpe, ancien Président du Groupe Ecobank et actuel Président du Conseil d’administration de Dangote Sugar Refinery Plc ; Samaila Zubairu, PDG de l’Africa Finance Corporation (AFC) et Président de l’Alliance des Institutions Financières Africaines (AAMFI) ; Daniel Best, Président de la Banque de développement des Caraïbes (CDB) ; et Prof. Marlene Attzs, conseillère en stratégie institutionnelle à l’Université des Indes occidentales.

Tous ont été unanimes : l’Afrique dispose des capitaux nécessaires pour impulser une dynamique endogène de développement. Le véritable défi réside dans la mise en place de structures et d’environnements réglementaires permettant aux acteurs privés de prendre des risques calculés, d’innover et de se développer.

Simon Tiemtoré : « Les Africains doivent résoudre les problèmes africains »

En ouverture, Simon Tiemtoré a planté le décor : « Les Africains doivent résoudre les problèmes africains », a-t-il lancé. Il a présenté la stratégie de son groupe, qui consiste à s’appuyer sur les plans nationaux de développement pour structurer ses financements : « Ce que nous faisons en tant que banques, c’est prendre les plans de développement des pays et les financer », a-t-il expliqué.

Pour lui, la taille des banques, souvent évoquée comme un obstacle, ne doit pas être une excuse. Vista Group a ainsi mis en place un modèle innovant de cofinancement en partenariat avec d’autres institutions comme Afreximbank. Ce mécanisme permet de mobiliser d’importantes ressources pour financer des projets d’infrastructures routières et aéroportuaires au Burkina Faso, en Guinée, en Gambie, en Sierra Leone et au Mozambique. « Beaucoup de champions sont ici présents aux assemblées d’Afreximbank, prêts à jouer leur partition », a-t-il affirmé, avant de dénoncer une obsession des narratifs : « Je crois que nous accordons trop d’importance aux narratifs ».

Lire aussi : Vista Group Holding, un groupe bancaire engagé dans le financement des projets structurants au Burkina Faso  – Horonya finance

Pour lui, le secteur privé joue un rôle clé dans la mobilisation de capitaux sans alourdir la dette des États. Il a plaidé pour des réformes réglementaires audacieuses afin de débloquer les milliards de dollars détenus par les investisseurs institutionnels africains.

Arnold Ekpe : « L’argent existe en Afrique, mais il ne circule pas »

De son côté, Arnold Ekpe a pointé un problème d’état d’esprit : « Il y a beaucoup de paroles et peu d’actions. Le vrai défi, c’est l’exécution », a-t-il insisté. Il appelle à une coalition d’institutions financières, en collaboration avec les banques commerciales, pour disposer des capacités nécessaires au financement de projets d’infrastructures.

Ekpe estime que les gouvernements ne doivent pas être en charge de la construction d’aéroports ou de raffineries : « Ce sont les entrepreneurs qui doivent le faire. Les États doivent appeler les champions de leurs pays et leur demander dans quels secteurs ils veulent investir », a-t-il proposé.

Lire aussi : Afreximbank 2025 : « Le FMI intervient quand vous êtes déjà au bord du gouffre, avec des conditions qui tuent la croissance », Jeffrey Sachs, Professeur d’Économie à l’Université de Columbia – Horonya finance

Il a également dénoncé les restrictions à la libre circulation des personnes et des capitaux sur le continent : « Il est plus facile de voyager en Afrique avec un passeport européen qu’avec un passeport africain », a-t-il déploré, appelant à lever les barrières intra-africaines pour favoriser les échanges. « L’argent existe en Afrique, mais il ne circule pas », a-t-il résumé.

Samaila Zubairu : 4 000 milliards de dollars de capitaux non mobilisés

Samaila Zubairu a renforcé cette analyse en citant un rapport de l’AFC qui révèle l’existence de plus de 4 000 milliards de dollars de capitaux domestiques non mobilisés sur le continent, répartis entre fonds de pension, compagnies d’assurances et le système bancaire. Pour lui, il est urgent que les institutions financières africaines travaillent ensemble pour capter ces ressources et les canaliser vers les secteurs industriels et d’infrastructure : « Nous n’avons pas besoin d’attendre les autres », a-t-il martelé.

Daniel Best : l’urgence d’une nouvelle architecture financière

Pour Daniel Best, Président de la CDB, la solution passe par une union des forces et une plus grande innovation. Il a rappelé que les Caraïbes ont connu plus de 330 catastrophes naturelles entre 1951 et 2016, et souffrent d’un déficit de financement des infrastructures estimé à 19,6 milliards de dollars dans seulement six pays.

Il a critiqué la lenteur des modèles de décaissement des institutions multilatérales traditionnelles et plaidé pour une approche rationalisée : « Personne ne viendra nous sauver », a-t-il averti, appelant à supprimer les couches qui affaiblissent la valeur de l’architecture financière mondiale.

Marlene Attzs : un financement aligné sur les priorités nationales

Prof. Marlene Attzs a, quant à elle, mis en garde contre les modèles de financement exogènes, souvent mal alignés sur les priorités des pays bénéficiaires. Elle a souligné que « les prêts doivent être alignés constitutionnellement et institutionnellement sur les priorités nationales ». Trop souvent, selon elle, les bailleurs encadrent les projets de manière désarticulée : « Lorsque les financements ne sont pas en phase avec les priorités locales, cela engendre des déficits d’exécution ».

Elle a plaidé pour des solutions locales et une implication renforcée des institutions nationales, tout en déplorant que certains pays caribéens restent pauvres en capitaux malgré leur richesse en ressources.

Notation et risque : une perception injuste du continent

La question des notations financières a également été soulevée. « L’Afrique n’est pas en défaut comme la Grèce ou l’Argentine, nous payons nos dettes », a souligné Simon Tiemtoré. Les panélistes ont critiqué le traitement réservé aux banques multilatérales africaines par les agences de notation, estimant qu’elles sont pénalisées pour avoir rempli leur mission de soutien aux économies vulnérables.

Arnold Ekpe a averti contre une dépendance excessive à ces notations dans les décisions d’investissement intra-africain ou caribéen : « Un Ghanéen qui investit en Côte d’Ivoire regarde l’opportunité, pas la note de Moody’s », a-t-il tranché. Et de conclure : « L’Afrique ne manque pas de capital. L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Maroc, l’Égypte ont des capitaux. Mais il ne bouge pas facilement. »

Par Drissa Ouattara, Abuja, Nigeria

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