mercredi 29 avril 2026

Relance, sécurité, gouvernance : les priorités budgétaires du Burkina à l’horizon 2028

Le Ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, a présenté le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2026-2028, au cours d’un Débat d’orientation budgétaire (DOB) à l’Assemblée législative de transition (ALT). La séance a été présidée par le 4ᵉ Vice-président de l’institution, Daouda Diallo. Le DPBEP fixe les grands équilibres budgétaires du Burkina Faso pour les trois prochaines années.

Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques sous-régionales et une forte exigence de souveraineté économique, le gouvernement entend orienter ses choix budgétaires vers l’investissement, la paix et la relance structurelle. À l’instar des DPBEP précédents, celui de la période 2026-2028 s’inscrit en cohérence avec le futur Plan national de développement (PND 2026-2030), dont les axes prioritaires sont déjà balisés : sécurité et cohésion, souveraineté alimentaire, capital humain, infrastructures, industrie et gouvernance. Dans cette optique, plus de 880 milliards FCFA seront injectés dès 2026 dans les investissements structurants répartis selon ces six axes. Les dépenses en capital afficheront une progression moyenne annuelle de 17,8 %, avec une ventilation notable en faveur de la gouvernance (32 %) et du développement humain (28,9 %).

Aboubakar Nacanabo, Ministre de l’Economie et des Finances

Alors que l’État reste confronté à une crise sécuritaire multidimensionnelle, 708,3 milliards FCFA, soit un quart du budget total de 2026, seront alloués au secteur de la défense et de la sécurité. Ce montant, en légère baisse par rapport à 2025 (27,8 %), témoigne d’une volonté d’optimisation des dépenses sans relâchement stratégique. Cette orientation s’accompagne d’une projection de déficit budgétaire maîtrisé à 3 % du PIB, conforme aux standards communautaires.

Concernant la mobilisation des ressources au profit des caisses de l’État, le gouvernement table sur une progression annuelle moyenne de 9,2 % des recettes budgétaires, qui atteindraient 3 431,5 milliards FCFA en 2026, 3 732,5 milliards FCFA en 2027 et 4 090,5 milliards FCFA en 2028. Pour les recettes extraordinaires, composées uniquement de dons projets, on observera une baisse annuelle moyenne de 1,3 %, avec 215 milliards FCFA en 2026, 213 milliards FCFA en 2027 et 209,5 milliards FCFA en 2028. Les recettes ordinaires, quant à elles, atteindraient 3 881 milliards FCFA en 2028, pour une progression annuelle moyenne de 9,8 %, grâce à la poursuite de la modernisation fiscale, à l’élargissement de l’assiette et à un pilotage plus intégré de la chaîne de valeur fiscale.

En outre, les projections font état d’une évolution annuelle moyenne de 10,5 % en ce qui concerne la mobilisation des recettes fiscales. Ainsi, elles passeront de 2 890,2 milliards FCFA en 2026 à 3 179,2 milliards FCFA en 2027, puis à 3 526 milliards FCFA en 2028. Pour l’année 2026, la Direction générale des impôts (DGI) devra collecter 1 565,2 milliards FCFA, suivie par la Direction générale des douanes avec 1 342,6 milliards FCFA et le Trésor (308,7 milliards FCFA). Une fiscalité renforcée devrait permettre de maintenir le taux de pression fiscale à 17,7 % en 2026, 17,9 % en 2027 et 18,3 % en 2028.

En matière d’investissement, le volet productif n’est pas en reste. À travers l’Offensive agropastorale et halieutique, le gouvernement cible huit filières clés : riz, maïs, pomme de terre, blé, poisson, viande, volaille et mangue. Cette politique vise à asseoir l’autosuffisance alimentaire tout en stimulant les chaînes de valeur locales. Côté industrie, malgré la faiblesse persistante du tissu manufacturier national, l’exécutif prévoit une hausse de la part de l’industrie dans le PIB, avec en ligne de mire une meilleure intégration régionale à travers le schéma UEMOA. Toutefois, les 3,9 milliards FCFA alloués à ce secteur en 2026 apparaissent encore modestes, représentant à peine 0,5 % de l’enveloppe d’investissement.

Le capital humain : priorité présidentielle
Le développement humain concentre à lui seul plus de 1 199 milliards FCFA d’allocations budgétaires en 2026. Les secteurs de l’éducation (837,5 milliards) et de la santé (361,8 milliards) incarnent le socle des initiatives présidentielles destinées à renforcer la résilience sociale et la productivité nationale. Quant à la masse salariale, elle progressera modérément de 4,3 % par an, représentant 39,7 % des recettes propres en moyenne. Cette trajectoire vise un rééquilibrage des charges courantes au profit des dépenses de développement.

Selon le ministre Nacanabo, le DPBEP 2026-2028 repose sur des hypothèses macroéconomiques prudentes : une inflation maîtrisée autour de 2 %, un ratio dette/PIB passant de 57 % à 52,3 %, et un besoin de financement public limité à 2,9 % du PIB sur la période. Cette trajectoire vise à restaurer des marges de manœuvre pour l’investissement public tout en rassurant les partenaires techniques et financiers. À en croire Dr Aboubakar Nacanabo, le déficit est estimé à 486,8 milliards FCFA en 2026, 530,3 milliards FCFA en 2027 et 576,2 milliards FCFA en 2028, soit 3 % du PIB sur toute la période. Ce gap financier sera financé via des emprunts projets, des émissions obligataires et des Partenariats public-privé (PPP), dans le cadre de la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT) 2026-2028.

Par Léon Yougbaré

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