La Banque africaine de développement, via son Fonds fiduciaire pour le développement des marchés de capitaux (CMDTF), vient d’approuver une subvention d’assistance technique d’environ 240 millions de FCFA, soit 400 000 dollars, en faveur de l’Autorité éthiopienne des marchés de capitaux (ECMA) et de la Bourse éthiopienne (ESX). Une subvention qui permet au marché éthiopien des capitaux, récemment ressuscité, de poursuivre sa trajectoire de structuration et de quête d’attractivité. Cette enveloppe s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui au développement du marché des capitaux en Éthiopie, une initiative stratégique destinée à renforcer les infrastructures réglementaires du pays, à élargir la palette d’instruments financiers disponibles et à améliorer la transparence des échanges.
Cette subvention s’appuie sur les précédentes interventions de la Banque, notamment l’adoption en 2021 d’une proclamation sur le marché des capitaux, posant les bases juridiques pour l’établissement de l’ECMA et de l’ESX. L’enjeu est clair : offrir aux secteurs public et privé éthiopiens un accès élargi au financement à long terme, dans un contexte où la profondeur et la diversification du marché sont encore embryonnaires. Pour la BAD, il s’agit non seulement de structurer des institutions, mais surtout d’ancrer durablement la culture boursière et de renforcer la résilience économique du pays.
Créée en juin 2021, l’ECMA est chargée de réguler le marché des capitaux éthiopien, tandis que l’ESX, en cours d’opérationnalisation, ambitionne de devenir un hub boursier régional. Grâce au soutien de la BAD, l’ECMA pourra mettre en place une plateforme de divulgation publique, outil essentiel à une communication financière fluide et fiable à destination des investisseurs. Du côté de la Bourse, l’accent sera mis sur le renforcement des capacités internes et la diversification des produits : introduction de fonds négociés en bourse (ETF), de sukuks (obligations conformes à la finance islamique) et d’obligations vertes.
Pour la directrice générale de l’ECMA, Hana Tehelku, cette subvention incarne une vision partagée d’un marché des capitaux « dynamique et résilient », capable d’attirer les capitaux à long terme nécessaires au financement du développement. Du côté de la Bourse, Tilahun Kassahun, son PDG, salue une intervention « opportune », qui arrive à un moment charnière du processus de mise en place de l’écosystème du marché. « Il est désormais temps de se concentrer sur des interventions qui auront un réel impact sur les émetteurs et les investisseurs », affirme-t-il. Quant à la BAD, elle voit dans ce projet une étape décisive dans son agenda de développement des marchés financiers africains. Selon Ahmed Attout, directeur du développement du secteur financier de la Banque, ce programme illustre l’ambition de la BAD d’ériger des places financières africaines capables de mobiliser durablement des ressources nationales et internationales. Il s’agit également du premier projet du CMDTF en dehors de l’Afrique de l’Ouest, marquant ainsi son expansion continentale.
Avec un portefeuille actif de 6 millions de dollars, soit environ 3,6 milliards de FCFA dans 16 pays africains en juin 2025, le CMDTF soutenu par des partenaires comme les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suède se positionne comme un catalyseur du développement financier du continent.
Par Léon Yougbaré



