Les passagers aériens d’Afrique de l’Ouest figurent parmi les plus lourdement taxés du continent, selon le rapport 2024 de l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA). La région affiche des niveaux de taxes record, bien au-dessus de la moyenne africaine, freinant l’accessibilité du transport aérien.
En 2024, la Sierra Leone, le Nigeria et le Bénin ont été les champions… des taxes aériennes. Les passagers au départ de ces pays ont payé respectivement 294 dollars, 180 dollars et 163,3 dollars de frais sur leurs billets d’avion régionaux, plaçant ces États parmi les plus coûteux du continent pour voyager. Sur les dix pays africains ayant les charges les plus élevées pour les vols régionaux, sept sont issus d’Afrique de l’Ouest, dont également le Niger (129,3 dollars), le Sénégal (116,5 dollars), le Liberia (115 dollars) et la Guinée (101,6 dollars). Seul le Togo échappe à cette flambée, avec 24,7 dollars, figurant parmi les pays les moins chers.

Même constat du côté des départs internationaux. Là encore, l’Afrique de l’Ouest se distingue négativement, avec sept pays figurant dans le Top 10 des destinations les plus taxées. Fait marquant : aucun pays de la région ne figure parmi les dix États où les taxes sont les plus faibles. La Sierra Leone (294 dollars) et le Nigeria (180 dollars), ce dernier se classant troisième dans les deux catégories.

Le rapport de l’AFRAA, basé sur des données collectées en septembre 2024 dans 54 pays africains, confirme une tendance inquiétante. En moyenne, un passager quittant l’Afrique de l’Ouest débourse 109,5 dollars en taxes pour un vol international, contre une moyenne continentale de 68 dollars. Pour les départs régionaux, la facture grimpe à 97 dollars, contre 59,05 dollars pour l’ensemble du continent. À titre de comparaison, un passager nord-africain paie seulement 25,27 dollars en moyenne pour un vol international, alors que cette région représente 35 % du trafic aérien du continent.
Par sous-régions, l’Afrique du Nord reste la moins chère (25,27 dollars), suivie de l’Afrique australe (34,5 dollars), de l’Afrique de l’Est (63,82 dollars), puis de l’Afrique centrale (106,62 dollars) et enfin de l’Afrique de l’Ouest, la plus coûteuse.
Un fardeau pour les passagers et les compagnies
Le rapport alerte également sur le nombre élevé de prélèvements appliqués en Afrique : en moyenne, 3,5 taxes par billet international, contre 2,53 en Europe et 2,69 au Moyen-Orient. Et l’AFRAA dénonce le non-respect généralisé des normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui exige que les taxes soient transparentes, proportionnées aux coûts, et établies en concertation avec les usagers.
Mais dans de nombreux pays africains, ces redevances servent de recettes fiscales pour les États, bien au-delà du simple financement des infrastructures aériennes. « Cette politique compromet la rentabilité des compagnies, limite l’accessibilité pour les passagers et freine la connectivité aérienne sur le continent », souligne l’AFRAA.
L’association exhorte les gouvernements à réviser leurs politiques fiscales dans le secteur de l’aviation, à harmoniser leurs barèmes et à adopter des modes de financement alternatifs pour le développement des infrastructures. Car à l’heure où l’Afrique cherche à améliorer l’intégration régionale et à renforcer ses échanges économiques, faire de l’avion un luxe reste un handicap.
Par Drissa Ouattara



