mercredi 29 avril 2026

Interview exclusive : « Ce financement de 36 milliards FCFA de la BOAD est une reconnaissance du rôle prépondérant du FBDES dans le financement des projets à fort potentiel de croissance  » Ahmadé Nour GUENDA, Directeur général du FBDES

Dans cette interview exclusive accordée à notre rédaction, le Directeur général du Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES), Ahmadé Nour GUENDA, revient sur le financement de 36 milliards FCFA octroyé par la BOAD à son institution. Il en explique le contexte, les objectifs stratégiques visés, ainsi que les retombées attendues en matière de transformation économique, de création d’emplois et de soutien aux PME.

Horonya Finance (H.F) : Comment accueillez-vous ce financement de 36 milliards FCFA en faveur du FBDES ?

Ahmadé Nour GUENDA (A.N.G) : Ce financement de 36 milliards FCFA de la BOAD est une reconnaissance du rôle prépondérant du FBDES dans le financement des projets à fort potentiel de croissance pour le pays, en étroite relation avec la vision stratégique de développement de nos plus hautes autorités.

H.F : Pouvez-vous nous expliquer le contexte dans lequel ce financement a été sollicité ? Quelles ont été les principales motivations ?

A.N.G : Comme vous le savez, le gouvernement a adopté le Plan d’action pour la stabilisation et le développement (PA-SD) 2023-2025 qui met, entre autres, au centre du développement le secteur privé productif dans les filières agricoles et numériques. L’accès au financement demeure un pan important pour la réalisation de ces ambitions.

Pour ce faire, nous avions accompagné des promoteurs privés qui ont présenté des projets d’intérêt public à forte valeur ajoutée et de création d’emplois. Cependant, au regard de la limite des ressources et des seuils de financement du FBDES, nous avons mené un plaidoyer auprès de l’État afin de porter les dossiers auprès de la BOAD pour un accompagnement plus conséquent, avec des modalités souples.

Donc, les principales motivations ont été d’accompagner la mise en œuvre des projets stratégiques portés par le secteur privé, de renforcer la résilience du pays dans un certain nombre de secteurs de l’économie nationale, de contribuer à la consolidation ainsi qu’à la création d’emplois, à la croissance du PIB et donc, par ricochet, à la mobilisation de davantage de recettes au profit de l’État, et enfin de renforcer le tissu industriel du pays.

H.F : Comment ce financement s’inscrit-il dans la stratégie globale du FBDES pour soutenir l’économie burkinabè ?

A.N.G : La mission qui nous est confiée est de jouer le rôle de l’État en tant qu’investisseur stratégique dans les secteurs jugés prioritaires à travers les opérations de financements structurants qui contribueront à la création de richesses et d’emplois. À cet effet, le financement de la BOAD renforce directement notre stratégie sur trois axes : accélérer la transformation agricole, élargir davantage l’accès au crédit à plus de PME, et créer des emplois durables.

H.F : Quels sont les secteurs stratégiques ciblés par cette enveloppe de 36 milliards FCFA ?

A.N.G : Cette enveloppe cible des secteurs prioritaires. Il s’agit de celui de l’agroalimentaire à travers la modernisation des unités de transformation et de stockage de céréales, de l’élevage, notamment l’aviculture et le secteur du numérique.

H.F : Quel type d’entreprises ou de projets sont éligibles à ce soutien financier ?

A.N.G : Ce soutien financier est dénommé « Projet d’appui au FBDES (PA_FBDES) » et il faut d’ores et déjà indiquer que ce financement porte sur quatre projets identifiés et portés par des promoteurs privés. Il s’agit d’un projet de construction et d’exploitation d’une unité de transformation de noix de cajou bio, d’un coût de sept milliards FCFA à Bobo-Dioulasso ; d’un projet d’extension et de modernisation des capacités de stockage et de transformation des produits céréaliers, d’un coût de 14,9 milliards FCFA à Bobo-Dioulasso ; d’un projet de modernisation et d’extension des activités d’une société intervenant dans l’aviculture moderne, d’un coût de 14,6 milliards FCFA à Koubri et à Ipendo ; et d’un projet de déploiement et d’exploitation d’infrastructures passives de communication (pylônes et énergie), d’un coût de 7,9 milliards FCFA dans les régions du Kadiogo (ex-Centre), de Nando (ex-Centre-Ouest) et du Guiriko (ex-Hauts-Bassins).

H.F : Quelles sont les conditions que les entreprises devraient remplir pour accéder à ces ressources ?

A.N.G : Dès lors que leurs dossiers ont reçu l’accord de principe de financement de la BOAD, les entreprises bénéficiaires devront remplir un certain nombre de conditions dont principalement : disposer des autorisations et agréments d’implantation et d’exploitation, veiller au respect des aspects environnementaux et genre, soumettre des garanties pour couvrir le risque de financement, et veiller à la bonne gouvernance au sein des entreprises.

H.F : Quels mécanismes opérationnels le FBDES envisage-t-il de mettre en place pour une gestion efficace et transparente de ces fonds ?

A.N.G : Il est prévu, pour la gestion efficace et transparente de ce projet d’appui, des dispositifs internes et externes. Par « interne », nous entendons le FBDES et les structures publiques. Il est envisagé la mise en place d’une équipe au sein du FBDES pour coordonner les activités du projet. Pour le suivi et la validation des aspects techniques de mise en œuvre du projet, tels que les constructions et les installations, un bureau indépendant de contrôle des travaux sera recruté. En outre, il sera mis en place un comité de pilotage pluridisciplinaire. Des audits et des évaluations périodiques seront effectués par les services habilités de l’État.

Au plan externe, c’est-à-dire du côté des entreprises, le FBDES demandera à chaque entreprise privée de désigner une « équipe projet » qui sera responsable de l’exécution des travaux et des installations.

H.F : Existe-t-il un calendrier précis de décaissement et de déploiement du financement ?

A.N.G : Il est prévu que le premier tirage, c’est-à-dire les décaissements, se fasse au plus tard en décembre 2025, dans l’hypothèse où les préalables, tant du côté de l’État que du côté des entreprises privées, ont été satisfaits et que la ratification après signature de la convention est faite.

H.F : Est-il prévu un accompagnement technique ou une formation au profit des bénéficiaires dans le cadre de ce financement ? Si oui, quelle part est réservée à cet effet ?

A.N.G : Dans le processus de ce projet, il est prévu un renforcement des capacités intellectuelles et matérielles, le recrutement d’un bureau de contrôle et le recrutement d’un cabinet pour les audits annuels des comptes. À cet effet, une ligne est accordée au FBDES.

H.F : Quels sont les résultats ou indicateurs concrets que le FBDES espère atteindre grâce à ce financement ?

A.N.G : Déjà, c’est de voir réalisés sur le terrain les quatre projets financés. Les résultats attendus portent sur l’amélioration des revenus de plus de 3 000 producteurs agricoles, la création de plus de 1 650 emplois directs et 16 000 emplois indirects avec une place de choix aux femmes, le recrutement par les entreprises de 750 emplois saisonniers dont 80 % au profit des femmes, l’encaissement par an de 4 milliards FCFA par l’État au titre des recettes fiscales, et une contribution au PIB de plus de 16,5 milliards FCFA par an.

H.F : À moyen et long terme, en quoi cette intervention contribuera-t-elle à la transformation économique du Burkina Faso ?

A.N.G : À travers les résultats attendus de ce projet d’appui, il est clair que l’économie se trouvera renforcée à travers une bonne structuration des filières et le développement du tissu industriel, notamment dans le domaine de l’agro-industrie. Un élément important est l’accroissement de l’accès aux services de télécommunications par la population. L’autre aspect sera l’émergence d’une classe d’entrepreneurs modèles qui contribueront à une réduction de la dépendance aux importations et pourront même être compétitifs au plan sous-régional, voire international.

H.F : Le milieu entrepreneurial burkinabè est largement dominé par les PME. Quelle est leur place dans la stratégie de financement du FBDES ?

A.N.G : Effectivement, les PME sont au cœur de notre stratégie, car plus de 70 % des financements leur sont réservés. Il y a bien évidemment des guichets qui leur sont dédiés, avec des procédures simplifiées, sans oublier le mécanisme de bonification des taux d’intérêts.

H.F : Quelle est la nature du partenariat entre la BOAD et le FBDES ? Cette collaboration est-elle appelée à se renforcer dans les années à venir ?

A.N.G : Notre partenariat repose sur des piliers solides. Il y a d’abord le cofinancement intelligent. Cela signifie que la BOAD apporte des ressources et le FBDES, l’expertise terrain. Il y a l’alignement stratégique sur les priorités nationales et régionales, et l’État entend renforcer ce modèle de partenariat si l’exemple que nous sommes en train de mettre en œuvre réussit.

H.F : Au regard de ce financement, avez-vous d’autres projets structurants en cours de discussion avec des partenaires techniques et financiers régionaux ou internationaux ?

A.N.G : Évidemment, des projets en perspective sont en cours avec nos partenaires. Il y a déjà des alliés stratégiques avec certaines institutions régionales et sous-régionales, et en temps opportun, vous serez informé de la concrétisation de cette dynamique engagée.

H.F : Quel message souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs burkinabè porteurs de projets à fort potentiel de croissance ?

A.N.G : C’est un appel à monter des projets structurants et rentables, car le FBDES est disponible pour examiner les possibilités de financement. À ceux bénéficiaires des financements du FBDES, nous les appelons au respect des engagements, tant au niveau de l’exécution des projets financés qu’au niveau des remboursements des crédits, afin d’être des modèles. Ceci encouragera les bailleurs à accompagner les structures étatiques de financement et facilitera l’accès d’autres porteurs de projets au financement du FBDES.

Par la rédaction

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre Newsletter

Sur le même sujet