Après treize ans sous administration provisoire et un sauvetage public chiffré à 25 milliards FCFA, la National Financial Credit Bank (NFC Bank) entame une nouvelle ère. L’État camerounais, actionnaire à 99,93 %, amorce une stratégie de désengagement progressif, en conformité avec sa politique de retrait du capital des banques à participation publique majoritaire.
Le 28 juillet 2025 marque un tournant décisif dans l’histoire de la NFC Bank. À l’issue de la cérémonie de clôture de l’administration provisoire à Yaoundé, les autorités camerounaises ont annoncé l’ouverture prochaine du capital de la banque à des investisseurs privés. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un plan de restructuration validé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), qui prévoit une cession des parts de l’État au plus tard en juillet 2027.
Placée sous tutelle administrative depuis novembre 2012, la NFC Bank avait été confrontée à une crise systémique, marquée par l’accumulation de pertes financières, une gouvernance déficiente et un portefeuille de créances compromises atteignant 36,2 milliards FCFA à fin 2018. Pour enrayer cette spirale, l’État du Cameroun a injecté 25 milliards FCFA via le Trésor public, dans le cadre d’un plan de sauvetage qui a permis le rachat des créances douteuses, leur transfert à la Société de recouvrement des créances (SRC), ainsi que la recapitalisation et la restructuration complète de la banque.
Depuis 2017, NFC Bank affiche un bénéfice net cumulé avoisinant 13 milliards FCFA, une nette rupture avec les années de sous-performance. Selon les dernières données rendues publiques par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le total bilan de l’établissement atteint désormais 192 milliards FCFA et ses fonds propres nets s’élèvent à 15,8 milliards FCFA. Ces performances reflètent la stabilisation financière de l’établissement et sa capacité retrouvée à jouer pleinement son rôle de banque commerciale dans l’économie camerounaise.
La NFC Bank n’est pas un cas isolé. L’État camerounais s’est engagé dans un processus graduel de retrait de ses participations majoritaires dans le secteur bancaire. Ainsi, depuis 2024, Yaoundé a engagé la cession de 81 % du capital de Commercial Bank Cameroun (CBC) à des partenaires stratégiques, notamment via le marché financier de la CEMAC. En juillet 2025, l’État a racheté les 58,08 % de parts de Société Générale dans sa filiale camerounaise, portant sa participation à 83,68 %, en vue d’une ouverture future du capital à un nouvel investisseur. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du programme économique et financier 2021-2025 conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), qui encourage fortement la privatisation des institutions bancaires publiques afin d’en améliorer la gouvernance et la compétitivité.
L’annonce de l’ouverture du capital de NFC Bank suscite déjà l’intérêt de plusieurs acteurs du secteur financier africain. Coris Bank International, basée à Ouagadougou, figure parmi les prétendants les plus sérieux. Le groupe avait déjà manifesté son intérêt pour le rachat de Société Générale Cameroun, avant que l’État n’exerce son droit de préemption. Le groupe NSIA, acteur majeur du secteur des assurances en Afrique de l’Ouest, nourrit également des ambitions dans la banque de détail. Son président-directeur général, Jean Kacou Diagou, a confirmé cette volonté lors d’une rencontre avec le ministre camerounais des Finances en juin 2025. Enfin, le groupe BGFI Bank, solidement implanté en Afrique centrale et déjà présent au Cameroun, pourrait aussi entrer dans la course. Il a récemment acquis la filiale congolaise de Société Générale, dans une opération similaire à celle que prépare le gouvernement camerounais.
Alors que l’on s’achemine vers une privatisation d’ici 2027, l’État camerounais entend sécuriser les acquis de la restructuration par une transition encadrée et progressive. Le contrat de performance imposé à la nouvelle direction de NFC Bank constitue un outil de pilotage stratégique dont les résultats conditionneront la réussite de l’ouverture du capital à des investisseurs qualifiés. L’enjeu est de maintenir la banque sur sa trajectoire de croissance, tout en assurant la pérennité des services bancaires aux populations et la solidité du système bancaire national. À terme, le retrait de l’État devrait favoriser une meilleure gouvernance, une allocation plus efficace du capital et une plus grande intégration du Cameroun au marché financier régional.
Par Léon Yougbaré



