mercredi 29 avril 2026

Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme : Le Burkina Faso vise la sortie de la liste grise dès octobre 2025

Le Burkina Faso est peut-être à l’aube d’un tournant décisif dans son positionnement sur l’échiquier financier international. Trois ans après son inscription sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), le pays pourrait, dès octobre 2025, retrouver sa pleine légitimité financière sur la scène mondiale. À l’occasion d’une visite de haut niveau d’experts du GAFI  à Ouagadougou le jeudi 7 août 2025, les autorités burkinabè ont réaffirmé leur engagement à lutter efficacement contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Dans son allocution, le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a d’emblée posé le ton : « La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme n’est pas une exigence venue d’ailleurs […] mais un acte de responsabilité envers notre peuple ». Une déclaration qui résonne comme une revendication de souveraineté, mais aussi de maturité institutionnelle.

Depuis février 2021, date de son inscription sur la liste grise du GAFI, le Burkina Faso a été astreint à un plan d’action exigeant de 37 mesures réparties sur 11 cycles de suivi. Trois ans plus tard, le ministre annonce que « 100 % du plan d’action a été réalisé ». À l’en croire, chaque réforme engagée dans ce processus représente non seulement une réponse technique, mais aussi un acte de résilience face à un pays en guerre contre le terrorisme.

Aboubakar Nacanabo, ministre de l’Économie et des Finances

Pour Ouagadougou, le retrait de la liste grise représenterait bien plus qu’une victoire réglementaire. Ce serait un signal fort envoyé aux partenaires économiques, aux investisseurs et aux institutions financières internationales. Et à ce titre, le ministre Nacanabo s’est voulu, on ne peut plus clair : « Nous ne demandons ni indulgence ni complaisance. Nous demandons la justice. Et la justice commence par une évaluation fondée sur les faits et non sur les perceptions ». Parce que les perceptions, poursuit-il, sont parfois portées par des regards lointains et des analyses sans ancrage, ou des imaginaires nourris d’images très loin des réalités locales.

En filigrane, se joue la réhabilitation du Burkina Faso dans l’arène financière mondiale, à un moment où le pays doit attirer des financements pour soutenir sa résilience économique et sécuritaire. Le ministre a également insisté sur la dimension stratégique de cette sortie de la liste grise : « Ce processus n’est pas que technique, il est stratégique. Il touche à la crédibilité de notre pays, à sa dignité (…) ».

Les propos du ministre trouvent écho dans ceux de Harris JR Edwin Woryonwon, directeur général du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), qui salue « des progrès significatifs » dans la mise en œuvre des réformes. Selon lui, le Burkina Faso a su combler ses lacunes en matière de supervision des institutions financières et non financières, d’identification des bénéficiaires effectifs, d’enquête, de coopération judiciaire et de sanctions.

Harris JR Edwin Woryonwon, directeur général du GIABA

Le GIABA souligne également la montée en puissance des dispositifs institutionnels, comme la CENTIF, désormais décrite comme « pleinement opérationnelle et respectée » pour la qualité de ses renseignements financiers. L’administration burkinabè a renforcé les ressources humaines dans les secteurs clés et mis en place des formations ciblées. Le système national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) repose aujourd’hui sur un cadre structuré, connecté et coordonné à l’échelle nationale, avec un accent sur la supervision basée sur les risques.

Pour le GAFI, cette visite sur place est bien plus qu’une simple étape procédurale : elle doit permettre d’évaluer la solidité des réformes engagées et leur ancrage dans la durée. Selon Sahye Yonesha, coprésident du Groupe conjoint Afrique du GAFI, l’objectif est double : s’assurer que les mesures sont pleinement en place et durables, et que l’engagement politique demeure fort. Elle a rappelé que le Burkina Faso a démontré des progrès notables dans les 11 domaines clés du GAFI.

Sahye Yonesha, coprésident du Groupe conjoint Afrique du GAFI

La délégation internationale, composée de représentants de plusieurs pays les États-Unis, le Maroc, la Lettonie, l’Ouganda, les Émirats arabes unis, etc. ainsi que les personnels des secrétariats du GIABA, de l’ESAAMLG et du GAFI, s’entretiendront pendant trois jours avec les différentes parties prenantes burkinabè, publiques comme privées.

À l’issue de cette visite, le Groupe conjoint Afrique rendra un rapport qui sera examiné lors de la prochaine plénière du GAFI en octobre 2025. Si les réformes sont jugées pleinement mises en œuvre et si la volonté politique reste manifeste, le Burkina Faso pourra alors officiellement sortir de la liste des juridictions sous surveillance renforcée.

D’ici là, les autorités burkinabè devront maintenir la pression réformatrice, poursuivre l’internalisation des normes et démontrer que les efforts ne s’essoufflent pas une fois les projecteurs éteints. Car, comme l’a rappelé Sahye Yonesha, « il ne s’agit pas seulement d’avoir coché les cases, mais de démontrer que le système est robuste, pérenne et soutenu au plus haut niveau ».

une vue des participants

Entre rigueur technique et volonté politique, le Burkina Faso se présente aujourd’hui comme un État qui, malgré les défis multiformes, choisit de ne pas transiger avec la transparence financière. La sortie de la liste grise serait certes une reconnaissance méritée, mais elle ouvrirait surtout une nouvelle ère pour une gouvernance financière plus crédible, plus sûre et plus souveraine.

Par Léon Yougbaré

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