Un revers judiciaire vient freiner les ambitions de TotalEnergies en Afrique australe. Mercredi 13 août 2025, le tribunal de Pretoria a annulé l’autorisation accordée en 2023 par le ministère sud-africain de l’Environnement au géant pétrolier français pour des opérations d’exploration au large du Cap. Cette décision concerne un bloc offshore d’environ 10 000 km², que TotalEnergies détient conjointement avec la compagnie publique sud-africaine PetroSA et le géant britannique Shell.
Dans son jugement, la juge Nobahle Mangcu-Lockwood a estimé que le processus d’approbation n’avait pas respecté toutes les exigences légales, notamment en matière de transparence et de participation publique. Les associations environnementales à l’origine du recours, dont Green Connection et Natural Justice, dénonçaient depuis plusieurs mois un manque d’information sur les plans d’urgence en cas de marée noire ou d’incident technique. Selon elles, ces documents n’ont été rendus publics qu’après la validation du projet, empêchant ainsi les communautés côtières et les pêcheurs artisanaux de formuler des observations pertinentes.
L’affaire intervient dans un contexte de regain d’intérêt pour les ressources offshore en Afrique australe. Les récentes découvertes pétrolières majeures en Namibie, ainsi que les projets gaziers au Mozambique, renforcent la volonté des acteurs internationaux d’explorer les côtes sud-africaines. Pour Pretoria, ces projets représentent un potentiel stratégique en matière de sécurité énergétique et de recettes fiscales. Toutefois, la décision du tribunal rappelle que toute exploitation devra s’inscrire dans le strict respect des procédures environnementales.
TotalEnergies pourra redéposer un dossier, mais uniquement après une phase de consultation publique élargie. Si l’entreprise obtient à nouveau le feu vert, elle devra convaincre non seulement les autorités, mais aussi des communautés locales désormais mobilisées sur les enjeux de protection de la biodiversité marine.
Pour les ONG, cette victoire judiciaire constitue un signal fort : en Afrique du Sud, les impératifs économiques liés aux hydrocarbures ne peuvent supplanter les obligations environnementales. Pour les investisseurs, elle illustre l’importance de maîtriser non seulement la technique et la finance, mais aussi les risques réglementaires et sociétaux qui entourent les projets énergétiques dans la région.
Par Léon Yougbaré



