Le secteur privé africain voit s’ouvrir une nouvelle ère de coopération avec le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Réunis ce mercredi 1er octobre 2025 à Abidjan autour de son nouveau président, Sidi Ould Tah, les représentants du patronat africain ont salué une volonté affichée de bâtir un partenariat stratégique solide entre l’institution panafricaine et les entreprises.
À peine installé le 1er septembre dernier à la tête de la première institution de financement du développement en Afrique, M. Ould Tah a multiplié les signaux d’ouverture en direction des acteurs économiques. Cette rencontre, jugée « inédite » par plusieurs participants, marque selon eux « un changement de paradigme » dans les relations entre la BAD et le secteur privé du continent.
« Nous voulons exprimer notre satisfaction pour ce renouveau. Nous souhaitons que ce dialogue se transforme rapidement en partenariat stratégique avec les organisations patronales africaines », a affirmé Ahmed Cissé, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). Même son de cloche du côté du Cameroun, où Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), a souligné « l’importance de ce virage » pour les milieux d’affaires.
Sur son compte LinkedIn, le président de la Confédération générale des entreprises du Faso (CGEF), Idrissa Nassa a salué des « échanges riches et constructifs », qui ont été selon lui une occasion pour le nouveau patron de la banque panafricaine « de réaffirmer sa conviction que le secteur privé est et restera un partenaire stratégique et incontournable dans la création de richesse et surtout d’emplois pour la jeunesse africaine ».
« Nous saluons cette orientation forte qui replace le secteur privé au cœur des priorités de la BAD », a-t-il écrit, ajoutant qu’avec un tel leadership, l’Afrique saura transformer ses potentialités en véritables leviers de croissance inclusive et durable.
Réduire le déficit de financement de l’Afrique
Le défi du continent est colossal avec un déficit annuel de financement de plus de 400 milliards de dollars, soit environ 240 000 milliards FCFA. Pour y répondre, le nouveau président de la BAD plaide pour une mobilisation accrue de capitaux, en s’appuyant non seulement sur les partenaires traditionnels mais aussi sur les investisseurs privés, les institutions multilatérales et les banques régionales de développement.
Dans son programme, Ould Tah propose d’utiliser des instruments financiers innovants et des mécanismes renforcés d’atténuation des risques pour, dit-il, transformer chaque dollar levé en un investissement productif et transformateur de dix dollars ou plus. Une vision qui, selon lui, doit contribuer à redéfinir « l’architecture financière africaine » au service de la croissance inclusive.
Pour Sidi Ould Tah, le constat est clair : « Le développement de l’Afrique se fera avec le secteur privé ou ne se fera pas ». En ce sens, il a pris soin d’écouter les préoccupations des représentants patronaux. Parmi les points évoqués, figurent le soutien aux champions africains, l’accès élargi aux financements, le renforcement des capacités des entreprises, la mise en place de mécanismes de garantie et l’appui accru aux banques nationales et régionales. Les deux parties se sont engagées à maintenir un dialogue permanent et à organiser régulièrement des rencontres dans les bureaux pays de la BAD afin de renforcer la concertation.
Le dialogue se poursuivra à plus grande échelle du 26 au 28 novembre 2025, à Rabat, lors de l’Africa Investment Forum (AIF). Ce grand rendez-vous de l’investissement, organisé par la BAD et ses partenaires, offrira une nouvelle opportunité de rassembler les forces du secteur privé africain autour de projets structurants.
Par Léon Yougbaré



