Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, hausse le ton contre un modèle économique qu’il juge dépassé. Pour lui, tant que l’Afrique continuera d’exporter massivement ses matières premières sans les transformer localement, le continent restera prisonnier de la pauvreté et du sous-développement. Il appelle donc à un tournant stratégique : faire de la valeur ajoutée la pierre angulaire de la croissance africaine.
« L’exportation de matières premières est la porte de la pauvreté. L’exportation de produits à valeur ajoutée est l’autoroute de la richesse. Et l’Afrique est fatiguée d’être pauvre », a martelé Adesina dans une déclaration à forte résonance politique et économique. Une prise de position qui s’inscrit dans un débat vieux de plusieurs décennies sur la place du continent dans l’économie mondiale.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données de l’Office of US Trade Representative et d’autres institutions multilatérales, malgré ses richesses naturelles considérables pétrole, or, cobalt, cacao, coton, etc. l’Afrique ne représente que 2 % de la production manufacturière mondiale et moins de 3 % du commerce international. Le schéma reste le même : le continent extrait, les pays industrialisés transforment, puis réexportent les produits finis à des prix bien plus élevés. Résultat : des chaînes de valeur contrôlées depuis l’extérieur, des emplois qui échappent aux économies locales et une industrialisation toujours en berne.
Ce modèle a montré ses limites. La dépendance aux matières premières brutes expose les économies africaines à la volatilité des prix mondiaux et empêche toute montée en gamme industrielle. Pour Adesina, la transformation locale doit devenir une priorité, en misant notamment sur l’agro-industrialisation, l’accès à l’énergie et le développement des infrastructures.
Certaines initiatives panafricaines, à l’image de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ambitionnent justement de changer la donne. En facilitant le commerce intra-africain et en stimulant la production locale, elles visent à repositionner l’Afrique dans le système productif mondial.
Mais pour que la rhétorique cède la place à l’action, il faudra des choix politiques audacieux, des investissements massifs et un changement profond de mentalité. Car comme le rappelle Adesina, « l’Afrique ne peut plus se contenter d’être l’atelier des autres ».
Par Ouattara



