Le groupe Bank of Africa, comme à l’accoutumée, a présenté les résultats de ses filiales ouest-africaines cotées à la BRVM à travers une cérémonie tenue ce jeudi 17 avril 2025 à Abidjan. Neuvième du genre, l’événement a concerné les filiales présentes dans six pays de la sous-région, notamment le Burkina, le Mali, le Niger, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Ces six banques sont détenues majoritairement par BOA West Africa, la holding du groupe basée dans la zone UEMOA. Les résultats des banques par pays ont été présentés par la directrice des Participations du groupe BOA, Laura Tran Duc Minh, en face d’un public composé d’investisseurs, d’analystes, de journalistes ainsi que d’acteurs de la communauté financière. En termes de rentabilité, BOA Côte d’Ivoire a détrôné celle du Burkina, avec un bénéfice atteignant 32,044 milliards FCFA, en hausse de 22,9 % par rapport à 2023. Grâce à un climat d’affaires apaisé et un environnement économique stable, la banque consolide son leadership en territoire ivoirien. Son chiffre d’affaires a grimpé de 19,6 %, atteignant 72,724 milliards FCFA. De plus, le total bilan et les fonds propres avancent respectivement de 14,6 % et 17,6 % à 1 075,479 milliards FCFA et 112,644 milliards FCFA. Ces performances remarquables démontrent la solidité financière de la banque, assortie d’un ROE de 30,7 %, le plus élevé du groupe, et d’un ROA de 3,2 %. Ces résultats ont valu à BOA Côte d’Ivoire l’élection de meilleure valeur de l’année aux BRVM AWARDS en juin 2024.
Malgré un contexte économique tendu, BOA Burkina s’est illustrée en termes de rentabilité, bien que certains indicateurs en 2024 soient en baisse par rapport à 2023. Au 31 décembre 2024, le bénéfice est estimé à 22,419 milliards FCFA, en baisse de 22,9 %. Le chiffre d’affaires affiche aussi un repli de 5,1 % pour s’établir à 57,49 milliards FCFA. Il en est de même pour le total bilan, qui recule de 1,8 %, porté par la diminution de 10,4 % des crédits. Les fonds propres, par contre, s’accroissent de 3,3 %, passant de 125,144 milliards à 129,272 milliards FCFA. En dépit de cette situation, BOA Burkina reste l’une des premières banques au Burkina avec un ROE de 17,6 % et un ROA de 2,1 %.
Le troisième rang des filiales en termes de rentabilité revient à BOA Sénégal, qui améliore son bénéfice de 17,4 %, estimé à 19,984 milliards FCFA. Une hausse due à la fois à l’augmentation de la marge d’intérêt et à celle des revenus des titres. Pour cette filiale, tous les indicateurs indiquent des évolutions positives, notamment 3,3 % pour le total bilan, qui s’établit désormais à 783,173 milliards FCFA, 9,3 % pour le chiffre d’affaires estimé à 49,666 milliards FCFA et 15,6 % pour les fonds propres, qui ressortent à 88,621 milliards FCFA. La banque affiche un ROE élevé de 24,2 % et un ROA de 2,6 %.
Avec une légère différence d’avec BOA Sénégal, BOA Bénin a réalisé un bénéfice de 19,647 milliards FCFA en 2024 contre 21,529 milliards en 2023, soit une baisse de 8,7 %, faisant perdre à la banque sa place parmi les filiales les plus rentables du groupe. Le chiffre d’affaires décroît de 2,7 %, passant de 47,832 milliards à 46,526 milliards FCFA, essentiellement en raison de la marge bancaire qui a baissé de 3,1 %. Toutefois, cette baisse est maîtrisée en raison du recul des charges d’exploitation et du coût du risque, sans inquiétude. Certains indicateurs sont toutefois au vert, notamment le total bilan et les fonds propres qui s’accroissent respectivement de 3,7 % et 4,1 %, à 940,188 milliards FCFA et 117,397 milliards FCFA, portés par le report à nouveau de l’année 2023. Malgré le contexte d’insécurité qui a ralenti l’activité bancaire, BOA Bénin demeure la 2e banque en termes de dépôts et la 3e en termes de crédits au Bénin, avec un ROE de 17,1 % et un ROA de 2,1 %.
Bonnes performances au Mali, enlisement au Niger
Avec un bénéfice qui s’est envolé de 57,9 %, passant de 5,778 milliards à 9,123 milliards FCFA, BOA Mali s’illustre parmi les filiales du groupe bancaire marocain. Au niveau national, elle figure parmi les cinq premières banques du pays. Au 31 décembre 2024, son chiffre d’affaires s’est légèrement amélioré de 1,8 %, à 36,159 milliards FCFA, et ses fonds propres de 14,9 %, atteignant 46,195 milliards FCFA. En revanche, une baisse de 3,4 % a été observée sur le total bilan, qui passe de 560,354 milliards à 541,491 milliards FCFA, résultant de la diminution de l’intérêt bancaire et des titres. Le ROE et le ROA ressortent respectivement à 21,21 % et 1,7 %.
Contrairement aux autres filiales, les principaux indicateurs de BOA Niger s’affichent au rouge, avec une baisse du bénéfice de plus de la moitié, eu égard à la crise politique et aux sanctions de la CEDEAO qui ont secoué le pays, auxquelles s’ajoute la crise sécuritaire. En effet, sur 14 banques opérant dans le pays jusqu’à fin décembre 2024, seules trois ont pu afficher des résultats positifs. Ainsi, BOA Niger affiche un bénéfice de 5,002 milliards FCFA (contre 10,077 milliards en 2023), soit une chute de 50,4 %. De même, le chiffre d’affaires recule de 20,7 %, pour ressortir à 21,38 milliards FCFA. Quant au total bilan et aux fonds propres, ils régressent de 7,9 % et 7,7 %, s’établissant à 322,404 milliards FCFA et 42,156 milliards FCFA. Le ROE ressort à 11,4 % et le ROA à 1,5 %. Malgré ces résultats peu reluisants, BOA Niger demeure la première banque privée en termes de dépôts et de crédits.
Rester résilient et travailler à renverser la tendance
Au regard des résultats réalisés par BOA Niger, son directeur général, Mactar Diack, a souligné l’importance de la résilience. « À l’image du pays, la BOA Niger va rester résiliente pour ne pas trop dépendre des autres filiales », a-t-il déclaré, avant d’annoncer que BOA Niger, à l’instar des autres filiales, est dans la dynamique du plan triennal de développement dont les importants axes sont la transformation bilancielle à travers le renforcement des financements accordés aux PME/PMI. « Nous sommes dans un pays où les populations s’adaptent au contexte. Nous, en tant que banque, devons aussi nous adapter et tout faire pour que les choses s’améliorent », s’est-il voulu optimiste. À l’en croire, les leviers mis en place permettent de projeter des résultats en hausse de 25 à 30 % pour l’année 2025.
Bénéfice cumulé des six banques en baisse
L’environnement économique ouest-africain, en 2024, a connu une croissance moyenne de 6,5 %, tirée par celle de 9,9 % du Niger grâce aux hydrocarbures. On note aussi une baisse notable du niveau global de l’inflation, se situant désormais à 2,5 % en moyenne (excepté le Niger qui affiche 7,8 %), contre des niveaux d’environ 5 % auparavant. Ce, malgré un contexte de crise sociopolitique et sécuritaire concernant plus de la moitié des pays de présence. En revanche, le niveau d’endettement des six pays de présence s’est alourdi, représentant 55 % du PIB en moyenne, excepté le Sénégal dont la dette dépasse 100 % du PIB. Dans ce contexte, le bénéfice cumulé des six filiales enregistre un léger repli de 1,2 %, s’établissant à 108,2 milliards FCFA. Par contre, la masse de leur dividende est en hausse de 31 %, atteignant 88 milliards FCFA pour un rendement moyen estimé à 12,6 %, nettement supérieur à celui du marché, dont la moyenne ressort à 9 %. Au niveau boursier, les six BOA cotées ont enregistré 18,1 % de croissance. Elles constituent 7 % de la capitalisation boursière globale de la BRVM, 22 % du secteur financier et un tiers des échanges du secteur.
Par Léon Yougbaré



