mercredi 29 avril 2026

Afreximbank 2025 : « Le FMI intervient quand vous êtes déjà au bord du gouffre, avec des conditions qui tuent la croissance », Jeffrey Sachs, Professeur d’Économie à l’Université de Columbia

À Abuja, lors des 32es Assemblées annuelles d’Afreximbank, l’économiste américain Jeffrey Sachs a lancé un plaidoyer audacieux en faveur de la souveraineté monétaire de l’Afrique. Devant un public de décideurs et de banquiers, le professeur de l’Université de Columbia a défendu l’idée d’une Afrique unie autour d’une monnaie commune, dotée de ses propres mécanismes de financement et affranchie des institutions financières internationales.

« L’Afrique a besoin de sa propre souveraineté monétaire. Elle doit emprunter dans sa propre monnaie », a-t-il déclaré d’emblée, fustigeant la dépendance du continent aux emprunts en dollars. Pour lui, le FMI et la Réserve fédérale américaine ne sont pas des alliés du développement africain. « La Fed n’a jamais été l’amie de l’Afrique. Elle ne fournit pas de mécanisme d’échange de devises, ne protège pas le continent quand ses taux d’intérêt flambent. »

Dans une conférence intitulée « Les institutions financières multilatérales africaines dans le nouvel ordre mondial émergent », Sachs a plaidé pour la création d’un prêteur africain de dernier recours, sur le modèle des banques centrales, capable d’apporter une stabilité financière en cas de crise. Il a dénoncé les prêts du FMI, jugés trop coûteux et tardifs. « Le FMI intervient quand vous êtes déjà au bord du gouffre, avec des conditions qui tuent la croissance », a-t-il lancé.

L’ancien conseiller de l’ONU a également invité l’Afrique à nouer des partenariats stratégiques avec l’Inde, la Chine et les pays du Golfe. Il s’est étonné de voir ces derniers investir massivement dans les économies occidentales en stagnation, au lieu de miser sur le dynamisme africain. « Pourquoi promettre mille milliards de dollars aux États-Unis alors que la vraie croissance est juste de l’autre côté de la mer Rouge ? »

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Sachs estime que le continent peut viser le statut de pays à revenu élevé à l’horizon 2063 – voire plus tôt s’il parvient à mobiliser des capitaux à long terme et à faible coût. Mais cela suppose de doubler le taux d’investissement, actuellement estimé entre 20 et 25 % du PIB, pour atteindre 40 %. Trois domaines prioritaires sont identifiés : l’éducation, les infrastructures transfrontalières et le développement du secteur privé.

« L’investissement dans l’éducation est le plus stratégique », a-t-il affirmé, appelant à généraliser l’enseignement secondaire et supérieur. Quant aux infrastructures, il a insisté sur la nécessité de les penser à l’échelle du continent : énergie, routes, chemins de fer et réseaux numériques doivent être interconnectés.

Sur le plan économique, Sachs appelle à dépasser les logiques nationales. « Il faut une approche continentale, pas 55 politiques industrielles différentes », a-t-il martelé, en référence à l’Union africaine et à la ZLECAf comme catalyseurs d’une vision intégrée.

Enfin, pour financer ce chantier titanesque, il a exhorté les banques africaines à prendre le leadership. Afreximbank et les institutions régionales doivent selon lui obtenir un statut de créancier privilégié. « Elles doivent être les piliers de la future croissance africaine », a-t-il conclu.

À travers cette intervention, Sachs n’a pas simplement offert une critique du système existant : il a esquissé les contours d’un nouveau paradigme financier pour l’Afrique, basé sur l’autonomie, l’intégration régionale et la maîtrise de sa monnaie.

Par Drissa Ouattara, Abuja, Nigeria

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