La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) vient de réussir une percée historique en levant 299,9 millions de dollars sur le marché obligataire chinois grâce à sa première émission d’obligations Panda. Une opération qui illustre la volonté de l’institution de diversifier ses sources de financement et d’élargir son empreinte sur les marchés de capitaux mondiaux.
C’est une première pour une institution financière multilatérale africaine. En émettant une obligation Panda, un instrument de dette libellé en renminbi et destiné aux investisseurs chinois, Afreximbank s’impose comme un acteur pionnier sur un marché encore largement inexploré par les entités africaines. Seule l’Égypte avait tenté l’expérience auparavant, en 2022.
L’émission, qui porte un taux d’intérêt de 2,99 %, a été orchestrée par Bank of China en tant que chef de file, avec le soutien d’Exim Bank of China et de l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC). L’opération a nécessité de franchir avec succès les étapes réglementaires rigoureuses imposées par les autorités chinoises, preuve, selon Afreximbank, de sa « sophistication financière » et de sa capacité à s’adapter à des environnements complexes.
« Cette émission souligne notre engagement à diversifier nos sources de financement et à accéder à de nouvelles réserves de capitaux », a déclaré Chandi Mwenebungu, responsable de la division Trésorerie et marchés au sein de la banque.
Une porte ouverte sur Pékin pour les émetteurs africains
Ce succès d’Afreximbank pourrait faire des émules. Il s’inscrit dans une dynamique encouragée par Pékin, qui souhaite ouvrir son marché de la dette domestique aux émetteurs africains dans le cadre de son ambition de renforcer les relations économiques avec le continent. Une stratégie qui passe notamment par les obligations Panda, créées en 2005 et de plus en plus populaires. D’après la Deutsche Bank, le volume d’émissions a atteint un niveau record de 195 milliards de yuans (environ 16 920 milliards de FCFA) en 2024.
Mais pénétrer ce marché n’est pas sans défis. La complexité réglementaire, le manque de familiarité des émetteurs africains avec la monnaie chinoise, le renminbi n’étant pas librement convertible à l’échelle internationale ou encore les attentes spécifiques des investisseurs locaux constituent autant d’obstacles.
Malgré cela, l’entrée réussie d’Afreximbank donne un signal fort : il existe un potentiel inexploité pour les institutions africaines désireuses de mobiliser des ressources en dehors des circuits traditionnels dominés par le dollar ou l’euro. Dans un contexte marqué par une conjoncture économique incertaine et des tensions sur les marchés internationaux, ces alternatives peuvent offrir une bouffée d’air bienvenue.
Par Ouattara



