Le département des sciences de la terre de l’Université Joseph Ki-Zerbo a tenu, le samedi 25 octobre 2025, la dixième édition de son initiative « Clin d’œil à l’entreprise », une tribune de partage entre le monde académique et les acteurs professionnels du secteur minier. Le thème de cette rencontre, « Développement des mines à petite et moyenne échelle : enjeux socio-économiques et opportunités de formation géo-scientifique », a été développé par Rayangniwendé Abdoul Rasaky Kaboré, Entrepreneur minier et Directeur général de Burkina Mine, devant un auditoire attentif composé d’étudiants, d’enseignants-chercheurs et de praticiens du domaine.
En ouvrant la séance, Dr Wilfrid Toé, chef du département des sciences de la terre, a rappelé la vocation de cette initiative née d’une volonté de rapprocher l’université du monde professionnel. « Cette rencontre (…), animée par des professionnels expérimentés, vise à susciter l’émulation et favoriser une meilleure compréhension des réalités du terrain et à préparer les étudiants à une insertion réussie dans la vie active », a-t-il souligné.
Organisée chaque trimestre sous forme de conférence-débat, la rencontre se veut un tremplin d’excellence pour de futurs géologues appelés à jouer un rôle moteur dans le développement durable du secteur minier et environnemental du pays. Clin d’œil, a poursuivi Dr Toé, incarne la volonté du département de former des géologues compétents, ouverts et pleinement connectés aux enjeux contemporains du développement minier et environnemental.

Invité d’honneur de cette 10ᵉ édition, Rayangniwendé Abdoul Rasaky Kaboré, Directeur général de Burkina Mine, a axé sa communication sur les défis structurels et financiers qui freinent le développement des mines à petite et moyenne échelle, tout en soulignant leur rôle stratégique dans la dynamique économique nationale. « Le thème est d’actualité, car les politiques nationales encouragent de plus en plus la promotion minière au profit des acteurs nationaux », a expliqué le conférencier.
Pour lui, la perception élevée du risque par les institutions financières constitue le premier frein au financement des projets miniers à moyenne échelle. « Le défi est de travailler à réduire cette perception du risque. (…) Il n’y a jamais de risque zéro », a-t-il ajouté, invitant les futurs géo-scientistes à produire des données fiables et vérifiables ; ce qui pourrait permettre au secteur d’attirer davantage des financements et générer des emplois. « Vous devez être ceux-là qui allez produire les données de qualité. Et si elles sont avérées, le financement va venir, la mine verra le jour et l’emploi sera créé » a-t-il insisté.
Dans son exposé hautement technique très suivi, le Directeur général de Burkina Mine a présenté une cartographie des instruments financiers innovants susceptibles de stimuler le financement du secteur. Il a cité entre autres la tokénisation des actifs miniers, déjà implémentée dans des pays comme le Ghana, Dubaï et la Russie, les mécanismes de streaming, les obligations vertes ou encore la mobilisation de l’épargne publique à travers des coopératives comme Scoop-ca Burkina Mine.
Des obstacles persistants, mais aussi des opportunités
Le conférencier a également relevé plusieurs contraintes structurelles : faible bancarisation du secteur artisanal, insuffisance d’infrastructures logistiques, manque d’instruments financiers adaptés et absence de stratégie régionale harmonisée dans la sous-région. « Il est possible d’avoir une politique commune de développement des mines à petite et moyenne échelle en Afrique de l’Ouest », s’est convaincu M. Kaboré, précisant qu’il est aussi possible pour les pays de la sous-région de disposer d’un code minier commun pour plus d’efficacité.
Cependant, ces difficultés peuvent se transformer en opportunités pour les jeunes géo-scientistes, à condition qu’ils développent des compétences transversales. Selon M. Kaboré, en banque, tout comme dans les médias ou dans le conseil, il y a de la place pour les géo-scientistes. Car, se dit-il, le monde change, et les compétences des géologues sont recherchées bien au-delà des sites miniers.

Le conférencier a insisté sur la nécessité d’une formation plus intégrée, combinant savoir académique et spécialisation technique. « Au-delà de la géologie, il faut maîtriser les normes de santé, de sécurité, d’environnement et de gestion de projet minier » a-t-il recommandé, convaincu que ces compétences additionnelles donneront un avantage concurrentiel.
En dix éditions, Clin d’œil à l’entreprise s’est imposée comme un maillon essentiel du dialogue entre l’université et le secteur productif. Elle contribue à aligner la formation sur les besoins réels du marché, tout en inspirant les étudiants à se projeter dans des carrières géo-scientifiques d’avenir.
Par Léon Yougbaré



