mercredi 29 avril 2026

Burkina Faso : Le Collectif AGIF mise sur l’éducation financière pour propulser les femmes entrepreneures

Le Collectif pour l’Autonomisation du Genre et l’Inclusion Financière (AGIF) a officiellement lancé ses activités par un atelier consacré à l’éducation financière des femmes entrepreneures. Ce cadre d’échanges et de formation, organisé à Ouagadougou le samedi 2 août 2025 à Sopatel Silmandé, a rassemblé plusieurs participantes venues des milieux de l’informel, mais aussi du secteur émergent de la microentreprise. L’objectif de cette première activité était clair : lancer les prémices de la sensibilisation sur la gestion financière et encourager l’utilisation des services financiers formels comme levier de croissance économique durable.

Dans son discours d’ouverture, la présidente du collectif, Samira OUEDRAOGO, a dressé un tableau sans détour de la précarité économique des femmes, en particulier en Afrique subsaharienne. « Si nous n’agissons pas concrètement d’ici à 2030, 342 millions de femmes et de filles vivront encore avec moins de 2,15 dollars par jour. Et plus de 220 millions d’entre elles seront ici même, en Afrique subsaharienne », a-t-elle rappelé, citant des données d’ONU Femmes.
Face à cette réalité, l’inclusion financière devient une nécessité, pas une option, selon la présidente du collectif. « Aujourd’hui, nous devons tourner la page du petit commerce. Nous écrivons un chapitre d’ambition collective. Il s’agit désormais de parler de structuration, de rentabilité, de croissance. La pauvreté se combat aussi avec une pensée ambitieuse », a-t-elle insisté.

Samira OUEDRAOGO, Présidente du collectif AGIF

Une étude menée par l’AGIF en début d’année vient d’ailleurs conforter cette orientation. En effet, 96 % des femmes interrogées estiment que les services financiers formels peuvent changer leur trajectoire entrepreneuriale. Cependant, elles reconnaissent que le manque de compétences en gestion financière constitue le premier frein à la réussite de leurs activités. À entendre Samira OUEDRAOGO, c’est pourquoi l’accent est mis non seulement sur la gestion financière, mais aussi sur la nécessité de développer des cadres d’échanges directs entre ces femmes et les institutions financières en vue de favoriser une meilleure appropriation des produits financiers. Pour l’AGIF, l’éducation financière est le socle sur lequel repose une autonomisation économique durable.

L’atelier a permis de vulgariser des notions essentielles telles que l’éducation financière, l’inclusion financière et les démarches à adopter pour accéder à un financement. Pour Juliana BICABA, étudiante et commerçante, cette session a été un véritable déclencheur : « J’ai pris conscience qu’une meilleure gestion de mes revenus peut me permettre de faire évoluer mon activité. Ce que je retiens surtout, c’est qu’il est possible d’épargner même avec peu. »
Les organisateurs ont également insisté sur la nécessité, pour les femmes entrepreneures, d’avoir une démarche proactive vis-à-vis des institutions financières et de ne plus percevoir ces dernières comme des entités inaccessibles. « Les femmes ne doivent plus dire : “je me débrouille”, mais plutôt “je développe une entreprise” », a martelé Samira OUEDRAOGO.

Ecobank, un partenaire engagé pour l’autonomisation financière des femmes

L’événement a bénéficié du soutien de plusieurs partenaires, dont Ecobank Burkina, représentée par Issa BONKOUNGOU, chargé du programme Ellever au sein du département commercial. Il a rappelé que la banque panafricaine avait lancé, il y a quatre ans, un programme spécifique d’accompagnement des femmes entrepreneures, conçu pour leur offrir des conditions de financement plus souples.

« L’AGIF est un collectif qui se bat pour l’autonomisation des femmes. Et en tant que banque panafricaine engagée dans l’inclusion financière, nous ne pouvions pas rester en marge de cette initiative. C’est pourquoi nous avons tenu à y associer notre image », a-t-il expliqué.
Issa BONKOUNGOU a également mis en lumière les obstacles majeurs auxquels les femmes font face, notamment l’absence de garanties foncières, un facteur encore ancré au Burkina Faso. Mais il a tenu à rassurer : « Depuis le lancement du programme Ellever, nous avons assoupli nos critères : la garantie ne constitue plus un blocage. Le taux, la durée et les modalités d’accès ont été revus pour permettre aux femmes d’avoir un meilleur accès au crédit. » Son appel est sans équivoque : « Les femmes doivent s’approprier ce programme. Il est conçu pour elles. »

Issa BONKOUNGOU, chargé du programme Ellever à Ecobank Burkina

L’événement a également été enrichi par diverses activités complémentaires, notamment un panel réunissant des acteurs du secteur bancaire, de la microfinance et des assurances autour de la thématique de l’accompagnement des femmes entrepreneures, ainsi qu’une session d’initiation à l’éducation financière.
Samira OUEDRAOGO a rappelé que « Chaque femme, quel que soit son point de départ, mérite d’avoir les clés pour construire un avenir durable ». Elle appelle les institutions financières à relever le défi de l’inclusion en s’appuyant sur des structures comme l’AGIF, qui travaillent directement avec les femmes sur le terrain, afin de bâtir ensemble un écosystème entrepreneurial plus résilient et inclusif.

Par Bernadette W. Gansonré

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