vendredi 1 mai 2026

Burkina/ Taxe de 750 à 1000 FCFA par mètre carré sur les parcelles non mises en valeur : le ministre de l’Économie et des Finances apporte des précisions

Le gouvernement burkinabè a adopté, en Conseil des ministres du jeudi 4 septembre 2025, un projet de loi de finances rectificative (LFR) pour l’exécution du budget de l’État, exercice 2025. Cette révision budgétaire introduit plusieurs mesures fiscales à double vocation : soutenir certains secteurs jugés stratégiques pour la résilience économique du pays et engager une réforme structurelle dans la gestion foncière.

Invité au journal de 20 h de la télévision nationale, le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a annoncé qu’au titre des mesures de faveur, il est décidé de l’exonération de la TVA sur les aliments pour poisson. Cette disposition s’inscrit dans le cadre de l’offensive agro-pastorale et halieutique, destinée à accroître la production locale et à réduire les charges supportées par les acteurs de la filière.

Toujours dans cette logique, le gouvernement a introduit une réduction de la retenue à la source appliquée aux transporteurs transfrontaliers, ramenée de 20 % à 10 %, afin d’alléger les coûts logistiques et d’atténuer leur impact sur les prix des biens et services, et une exonération fiscale sur les jus, fruits et légumes transformés à partir de la production nationale, mesure visant à stimuler la transformation locale et à renforcer la compétitivité des produits burkinabè. Selon le ministre, ces dispositions devraient contribuer à réduire la cherté de la vie, en favorisant à la fois la production locale et la baisse des coûts de distribution.

La mesure la plus marquante de cette LFR demeure l’instauration d’une taxe annuelle sur les parcelles non mises en valeur. Fixée entre 750 et 1 000 FCFA le mètre carré selon la zone, cette taxe augmentera de 20 % chaque année tant que le terrain n’est pas construit conformément aux normes établies. « L’objectif n’est pas de collecter des recettes fiscales, mais d’inciter à la mise en valeur des parcelles et de lutter contre la spéculation foncière », a laissé entendre le ministre Nacanabo.

En effet, le gouvernement estime que la multiplication des parcelles vides contribue à l’extension anarchique des villes et à la flambée des prix du foncier. L’exemple du quartier Ouaga 2000, où un grand nombre de terrains acquis depuis plusieurs années n’ont pas été aménagés malgré un cahier des charges imposé par la SONATUR, illustre l’ampleur du problème.

Une « seconde chance » plutôt qu’un retrait massif

Selon Aboubacar Nacanabo, la réglementation en vigueur prévoyait déjà le retrait pur et simple des parcelles non valorisées après cinq ans. Mais cette option, à ses dires, aurait entraîné un retrait massif aux conséquences sociales et économiques difficiles à gérer. La taxe apparaît ainsi, de son point de vue, comme un compromis. « On peut dire que cette taxe vient comme une seconde chance qu’on donne aux propriétaires des parcelles qui n’ont pas pu les mettre en valeur. Au lieu qu’on aille directement au retrait, on ne vous retire pas la parcelle. Mais à partir du moment où vous êtes allé au-delà du délai de mise en valeur de cinq ans, vous devez payer une taxe annuelle », a expliqué Dr Nacanabo, rappelant que l’imposition de la taxe constitue une mesure dissuasive contre la rétention spéculative des terrains et permet aux propriétaires de régulariser leur situation sans perdre leur bien. À terme, cette loi favorisera la libération de parcelles à des prix plus accessibles.

Pour répondre aux critiques selon lesquelles la taxe pénaliserait certaines catégories de populations, le ministre Nacanabo a rassuré que le gouvernement a prévu plusieurs exemptions. Il s’agit des parcelles faisant l’objet de litiges fonciers portés devant l’administration ou la justice, des dossiers en instance d’autorisation de construire ou de financement bancaire, bénéficiant d’un sursis d’un an, des propriétaires indigents, sur présentation d’un certificat d’indigence, et des héritiers mineurs, qui bénéficieront du temps d’atteindre leur majorité. Cette approche différenciée, à en croire M. Nacanabo, vise à protéger les populations vulnérables tout en ciblant les détenteurs de parcelles spéculatives, parfois acquises en grand nombre.

Sur le plateau de la télévision nationale, le ministre a aussi clarifié la question de ce que signifie « parcelle non mise en valeur ». « Il y a des textes qui définissent ce qu’on appelle parcelles non mises en valeur, mais je voudrais peut-être préciser qu’il y a des catégories. Il y a des cas où, au moment de l’aménagement, il y a un cahier des charges qui prévoit les conditions de mise en valeur. C’est par exemple le cas des parcelles de la SONATUR », a-t-il souligné. Pour les autres zones, la mise en valeur correspond à l’édification d’une maison habitable avec clôture et installations sanitaires.

En toile de fond, le gouvernement entend stabiliser le marché foncier en augmentant l’offre effective de terrains à bâtir. Le ministre a rappelé que le Burkina figure parmi les pays de la sous-région où les prix des parcelles sont les plus élevés, en grande partie à cause de la spéculation. En contraignant les détenteurs de terrains inoccupés à construire ou à revendre, l’État espère provoquer une baisse des prix et rendre le foncier plus accessible aux ménages et aux investisseurs.

Par Léon Yougbaré

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