Le deuxième jour des Business Days de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina (APBEF-B) a été marqué par un panel consacré au financement du logement. Responsables publics, promoteurs immobiliers et banquiers ont échangé sur les politiques, les défis et les perspectives du secteur, dans un contexte de forte demande en habitations.
Réunis autour du thème « Financement du logement : politique étatique, acteurs, rôle des banques et acquisition par le crédit », les panélistes ont dressé un état des lieux sans complaisance d’un secteur où les besoins dépassent largement les capacités d’offre, malgré les multiples initiatives de l’État et du secteur privé. Selon Kélguingalé Illy, président du conseil d’administration du Centre de gestion des cités (CEGECI) et conseiller technique du ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, le logement constitue au Burkina Faso un symbole de réussite sociale, expliquant l’engouement constant pour la propriété immobilière. « Quand un jeune commence à travailler, son premier réflexe, c’est de chercher à acquérir un logement », a-t-il observé.
De sa présentation, l’on retient que cette aspiration massive pèse sur un marché déjà tendu. Malgré les programmes successifs — 10 000 logements en 2005 pour 30 000 demandes et 40 000 logements en 2017 pour plus de 208 000 demandes — l’offre reste dérisoire. Les chiffres récents illustrent l’ampleur du déséquilibre : 1,54 million de souscripteurs pour 1 283 parcelles vendues par la SONATUR en 2023, ou encore 22 000 demandes enregistrées en 72 heures pour les 3 000 parcelles des relais cités de Komsilga en 2025.
Face à ce constat, a indiqué M. Illy le gouvernement a lancé en 2024 la Politique nationale du logement, un programme quinquennal ambitieux visant la construction de 50 000 logements d’ici 2029. Pour le PCA du CEGECI, l’État a pris plusieurs mesures législatives pour encadrer le secteur. Le droit au logement est reconnu par l’article 18 de la Constitution. À ce socle s’ajoutent la loi n°017-2006, la loi n°034-2012 révisée sur la Réorganisation agraire et foncière (RAF), et la loi n°008-2023 portant promotion immobilière, adoptée pour assainir l’activité des promoteurs.
Cette dernière impose notamment une caution de 250 millions FCFA aux sociétés de promotion immobilière pour obtenir un agrément. « Aujourd’hui, seules 32 sociétés de promotion immobilière disposent officiellement de cette autorisation », a indiqué le paneliste, estimant que le cadre institutionnel devient progressivement plus rigoureux. Au plan opérationnel, plusieurs entités interviennent : l’Autorité nationale de coordination du foncier (ANCF), le Bureau national des grands projets (BNGP) et Faso Mêbo, nouvel organisme chargé de l’embellissement urbain et de la construction de logements, sous la tutelle de la Présidence du Faso. Une stratégie nationale de reconfiguration urbaine (2025-2029) et un programme d’apurement du passif (2024-2030) complètent l’arsenal de planification, aux dires du conseiller technique du ministre en charge de l’urbanisme.
Pour Florentin Kafando, représentant la fédération nationale des promoteurs immobiliers du Burkina, la nouvelle loi a permis un net assainissement du secteur. À l’entendre, le fait que le nombre de sociétés de promotion immobilière soit passé de plusieurs centaines à 32 agréées est une avancée majeure qui permet de bâtir la confiance entre acteurs.
M. Kafando a rappelé que les sociétés immobilières ne se limitent pas à produire des logements : elles contribuent à la création d’emplois et à la croissance économique. La fédération ambitionne désormais de structurer le dialogue entre l’État, les banques et les promoteurs pour favoriser l’accès au financement. « Pour parler de financement du logement, il faut un environnement sain et des acteurs crédibles. C’est à cette condition que les banques pourront intervenir en toute confiance », a-t-il insisté.
Les banques face au défi du financement à long terme
Le troisième intervenant, Sibiri Coulibaly, cadre bancaire et ancien directeur général de l’ex-Banque de l’Habitat (devenue IB Bank), a exposé la vision du secteur financier. Selon ses dires, le banquier reste d’abord un gestionnaire du risque, c’est-à-dire qu’il veut s’assurer que le crédit sera remboursé « à temps et en intégralité ». « Le logement est un bien particulier dont le financement exige des garanties solides », a-t-il expliqué, rappelant que les projets immobiliers requièrent des montants élevés et des durées longues, parfois de 10 à 15 ans, difficiles à supporter pour les bilans bancaires.
Les banques interviennent cependant à trois niveaux : auprès de l’État, à travers les financements des projets publics ; auprès des promoteurs immobiliers, pour la réalisation de programmes privés ; et auprès des particuliers, via des comptes épargne logement ouvrant droit à des crédits complémentaires. Mais les ressources longues nécessaires à ce type de financement demeurent rares.
Par Léon Yougbaré



