Du 29 au 30 octobre 2025, la capitale burkinabè accueille la 2ᵉ édition des Journées portes ouvertes des banques (JPO), rendez-vous annuel majeur pour le secteur des services financiers. Lors de la première journée, un atelier de travail s’est consacré à « l’accès au financement des industries agroalimentaires ». Modéré par Sibiri Coulibaly, il réunissait trois panélistes dont Christine Tani, Alex Compaoré et Aminata Maïga. L’atelier a mis en lumière trois leviers essentiels pour améliorer l’accès au financement des industries agroalimentaires, à savoir la qualité des données et une instruction de dossier adaptée au secteur (agriculture, élevage, transformation), la structuration des échéances et le calibrage des financements selon les besoins d’exploitation et d’investissement ainsi que le bon montage des garanties, en conformité avec la réglementation bancaire et la mobilisation de sociétés de garantie spécialisés.
Christine Tani, experte en finance et droit, a ouvert les travaux en décrivant le cheminement d’une demande de financement dans le secteur agroalimentaire. « Nous disposons d’informations sur les charges et sur les revenus », a-t-elle rappelé. Dans ces activités, les postes de charge englobent tant le personnel que l’exploitation. Or, pour les agriculteurs comme pour les éleveurs, existe souvent une confusion entre la personne et l’activité. Ainsi, un revenu peut venir de la vente d’animaux, mais aussi d’activités annexes. Il est donc impératif d’identifier ce qui est propre à la demande de financement et à l’activité et ce qui relève d’une activité connexe.
Elle a insisté sur la nécessité de prendre en compte le sous-secteur d’activité au sein de l’agroalimentaire. L’information ne se recueille pas de la même façon auprès d’un éleveur, d’un cultivateur de maïs ou d’un producteur de cultures vivrières. Ces données constituent le socle de l’analyse sectorielle, de solvabilité et de performance.
Une fois les informations rassemblées, l’instruction se poursuit par une analyse adaptée au profil (agriculteur, éleveur ou coopérative). De nombreuses erreurs d’instruction proviennent d’informations erronées, insuffisantes ou d’un refus de communiquer. Résultat, une mauvaise analyse et donc une décision de crédit inadaptée.
Tani a précisé que l’établissement dispose de deux canevas principaux : un pour le financement d’investissement et un autre pour le financement du besoin en fonds de roulement (BFR). Dans le contexte agricole/ agroalimentaire, ce dernier ne se limite pas à un simple BFR, il peut s’agir de l’embouche, du maraîchage, d’un élevage ou encore d’une campagne agricole. Le financement s’adapte dans ce cas au secteur.
Elle a évoqué un point particulier, à savoir la structuration des échéances. Il ne suffit pas d’appliquer un amortissement linéaire comme pour un salarié. Pour le secteur agricole, les périodes de production, récolte et vente doivent guider l’échéancier. Le prêt doit être calé sur les flux de vente. C’est le canevas d’exploitation.
Quant au financement d’investissement, il concerne l’acquisition de matériel agricole, d’équipements, l’immobilier ou la réhabilitation d’infrastructures. Ces activités étant souvent imbriquées, l’analyse intègre l’ensemble du patrimoine. Tani Christine a fait savoir que le crédit d’exploitation est à court terme (un à dix-huit mois) tandis que l’investissement peut s’étendre sur trois à sept ans ou plus. On procède alors à l’analyse du compte d’exploitation, du flux de trésorerie et du cash-flow pour évaluer la capacité de remboursement.
À la suite de cette présentation, le modérateur a donné la parole à Aminata Maïga, Secrétaire générale de la fédération des industries agroalimentaires et de la transformation (FIAB). Fondée en 1992, elle regroupe aujourd’hui environ 350 membres, parmi lesquels entreprises industrielles, unités de transformation à petite échelle, associations et coopératives. Ses missions consistent à promouvoir les produits locaux, à défendre les intérêts des membres, à renforcer leurs capacités et à mobiliser des financements.
La fédération a signé une convention en 2020 avec le Fonds pour l’économie, le développement économique et social, mobilisant 2 milliards 500 millions de FCFA pour les entreprises ». Aminata Maiga a précisé que ce financement était destiné à 50 entreprises et que chaque année, 500 millions sont mobilisés pour 10 entreprises selon leur taille. Malgré cela, elle a souligné un point de blocage majeur « Il n’existe pas encore de produit bancaire véritablement adapté au financement de l’agriculture et de l’agroalimentaire qui permette aux entreprises de mobiliser les financements de manière satisfaisante ». Elle plaide pour une « vision plus large de ce qui constitue la garantie de l’entreprise », en lien avec la chaîne de valeur. Elle appelle à des assises sectorielles pour définir des mécanismes adaptés, soulignant que certaines filières comme le coton ou l’huilerie sont mieux équipées que d’autres (transformation, élevage). Elle recommande un renforcement des formations, une structuration des filières et un accompagnement technique pour permettre aux acteurs d’être bancables.
Alex Compaoré, directeur de l’exploitation de la Société financière de garantie inter bancaire (SOFIGIB), est intervenu en précisant les raisons pour lesquelles les banques exigent des garanties. Il a rappelé que les garanties servent à couvrir le risque de non-remboursement, à répondre à la réglementation bancaire, à engager l’emprunteur et à améliorer les conditions de prêt. Il a insisté sur le fait que « la première garantie d’un crédit, c’est le projet lui-même : structuré, rentable, bancable ». Il a ensuite dressé une typologie des garanties. On note la mobilisation de factures, la garantie sur stocks, le gage matériel, la caution, l’hypothèque et les garanties financières fournies par des sociétés spécialisées. Alex Compaoré a cité l’exemple de la Société Financière de Garantie Interbancaire du Burkina (SOFIGIB) dont il a présenté les objectifs, secteurs d’intervention et avantages. Il a aussi mis en garde que certaines garanties, notamment les équipements ou matériels, ne sont pas considérées comme éligibles par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le calcul des ratios financiers. « Les garanties liées aux équipements et aux matériels ne sont pas éligibles et ne rentrent pas dans le cadre du calcul des ratios financiers », a-t-il indiqué. Cette distinction explique pourquoi certains dossiers pourtant solides ne parviennent pas à débloquer de crédit. Alex a conclu en invitant les porteurs de projets à anticiper ce paramètre de l’éligibilité des garanties, à structurer leur dossier en fonction de la réglementation bancaire et à envisager le recours à des sociétés de garantie pour renforcer leur crédibilité.
Cet atelier, au cœur de ces JPO des banques, a permis de décrypter les rouages du financement agroalimentaire, de la collecte des données à la structuration des échéances, en passant par les garanties. Il reste désormais à transformer ces échanges en accords concrets entre banques, fédérations et entreprises, afin de renforcer la filière agroalimentaire burkinabè et de doter ses acteurs des moyens financiers adaptés à leur croissance.
Par Leila Toé



