mercredi 29 avril 2026

Cybercriminalité : l’Afrique frappe fort à travers une opération conjointe avec Interpol ayant permis de récupérer environ 58,44 milliards FCFA ainsi que des bijoux, véhicules et équipements informatiques dans 18 pays

Plus de 1 200 suspects arrêtés, 88 000 victimes identifiées et 97,4 millions de dollars récupérés : l’Opération Serengeti 2.0, coordonnée par Interpol et soutenue par le Royaume-Uni, vient de démontrer l’ampleur des enjeux économiques liés à la cybercriminalité sur le continent africain.

Entre juin et août 2025, dix-huit pays africains, dont le Gabon, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Afrique du Sud et le Ghana, entre autres, ont participé à cette vaste opération ciblant les crimes numériques à haut risque, tels que les ransomwares, les escroqueries en ligne et la compromission des e-mails professionnels (BEC).

Les résultats parlent d’eux-mêmes : 1 209 suspects arrêtés, 97,4 millions de dollars, soit environ 58,44 milliards FCFA récupérés, 88 000 victimes identifiées et plus de 11 400 infrastructures criminelles démantelées. Ces chiffres révèlent non seulement l’ampleur de la menace, mais également son impact direct sur les économies africaines, où les cyberescroqueries siphonnent chaque année plusieurs milliards de francs CFA et de dollars.

En Angola, l’opération a mis à jour une véritable « industrie clandestine » : 25 centres illégaux de minage de cryptomonnaie, animés par 60 ressortissants chinois. La valeur du matériel saisi est estimée à 37 millions de dollars, équivalant à 22,2 milliards FCFA, en plus de la confiscation de 45 centrales électriques utilisées pour alimenter ces opérations.

En Zambie, l’opération a permis de mettre fin à un réseau d’arnaques à la cryptomonnaie qui a piégé 65 000 victimes à travers des promesses d’investissement frauduleuses. L’ampleur des pertes est évaluée à plus de 300 millions de dollars (plus de 180 milliards FCFA). Les enquêteurs ont saisi 372 faux passeports provenant de sept pays et arrêté 15 personnes, tout en démantelant les structures financières et numériques du réseau.

La Côte d’Ivoire, un cas emblématique en Afrique de l’Ouest

En Côte d’Ivoire, Serengeti 2.0 a permis de mettre fin à une escroquerie de 1,6 million de dollars (environ 960 millions FCFA). Le cerveau du réseau a été arrêté et d’importantes saisies effectuées : argent liquide, bijoux, véhicules et appareils électroniques. Une victoire symbolique pour un pays souvent présenté comme un hub régional des cyberfraudes.

Pour Interpol, cette opération démontre l’importance de la coopération policière et judiciaire transfrontalière. « Ce réseau mondial est plus fort que jamais, il produit de réels résultats et protège les victimes », a souligné Valdecy Urquiza, Secrétaire général d’Interpol.

En complément des arrestations, Serengeti 2.0 a intégré une dimension préventive, grâce à un partenariat avec l’International Cyber Offender Prevention Network (InterCOP), dirigé par les Pays-Bas et regroupant 36 pays. Objectif : anticiper les menaces, identifier les activités cybercriminelles avant qu’elles ne frappent et ainsi limiter les pertes financières.

Au-delà des arrestations spectaculaires, Serengeti 2.0 envoie un signal fort aux acteurs économiques : la cybercriminalité n’est pas seulement une question de sécurité, mais également un enjeu financier majeur. Avec l’essor du numérique, les États africains se retrouvent face à une double urgence : investir dans la cybersécurité et renforcer la coopération internationale pour protéger les citoyens, les entreprises et les finances publiques.

Par Léon Yougbaré

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