lundi 16 février 2026

Finances publiques : Le Mali affine sa stratégie d’endettement pour concilier coût, risque et soutenabilité

Le Mali affine sa politique d’endettement pour les trois prochaines années. Entre maintien du cap actuel, diversification des sources de financement et allongement des maturités, quatre stratégies ont été simulées par les autorités afin d’identifier la combinaison la plus équilibrée entre coût, risque et soutenabilité.

La première option, dite stratégie de base, prolonge la tendance actuelle. Elle repose sur des financements extérieurs hautement concessionnels, notamment de l’Association internationale de développement (IDA), du Fonds africain de développement (FAD) et du Fonds international de développement agricole (FIDA) et sur une forte mobilisation des ressources domestiques, principalement via les Bons et Obligations du Trésor. La dette intérieure représenterait ainsi 96 % des nouveaux financements entre 2026 et 2028.

La deuxième stratégie introduit un ajustement en faveur de l’allongement des maturités sur le marché intérieur et d’un recours accru aux ressources de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et du Fonds monétaire international (FMI). Elle maintient néanmoins la même part de financement domestique, à hauteur de 96 %, tout en cherchant un meilleur équilibre entre les échéances et le coût global de la dette.

La troisième approche mise sur l’ouverture extérieure. Elle prévoit de réduire la dette intérieure au profit de la dette extérieure, dont la part passerait de 4 % en 2026 à 12 % en 2028. Les prêts hautement concessionnels progresseraient de 2,8 % à 8,5 %, et les prêts semi-concessionnels de 1,2 % à 3,5 %. Cette orientation offrirait une respiration à court terme sur le marché domestique, mais exposerait davantage le pays aux risques de change.

La quatrième stratégie combine l’allongement des maturités domestiques et une hausse des prêts concessionnels. Elle prévoit une montée graduelle du financement extérieur, de 4 % à 12 % sur la période, tout en maintenant un socle solide de financement intérieur. Cette approche apparaît comme un compromis entre diversification des ressources et prudence dans la gestion de la dette.

Les simulations montrent que, dans toutes les options, le ratio du financement intérieur net rapporté au PIB reste positif, signe d’une mobilisation domestique supérieure aux remboursements. Ce ratio reste plus marqué dans les stratégies S1, S2 et S3, tandis que la S4 présente une réduction progressive de la part du financement intérieur, passant de 4,4 % du PIB en 2026 à 2,7 % en 2028.

L’analyse du profil d’amortissement à fin 2028 révèle une concentration importante des remboursements sur les sept prochaines années à partir de 2029. Cette situation découle de la forte proportion de financements domestiques, souvent à maturité courte, dans les nouveaux besoins de financement.

Sur le plan technique, la stratégie S1 affiche une durée moyenne de remboursement de 11,2 ans pour la dette extérieure et 3,2 ans pour la dette intérieure, contre respectivement 12,3 ans et 2,9 ans dans la situation de référence. Le coût moyen de la dette augmente à 4,7 % en raison du poids de l’endettement intérieur, mais le risque de change recule nettement, la part de dette en devises passant de 37,3 % à 23,8 %.

La stratégie S2 allonge légèrement la durée moyenne de la dette intérieure à 4,1 ans et porte le coût global à 4,6 %. La dette extérieure s’établit à 11,2 ans en moyenne, tandis que la durée globale du portefeuille se réduit à 5,8 ans. Le risque de change diminue à 23,8 %, signe d’une meilleure maîtrise de la structure de la dette.

La stratégie S3, plus tournée vers l’extérieur, présente un coût moyen de 4,7 % et une durée globale de 5,1 ans. La proportion de dette arrivant à échéance dans un an augmente légèrement à 9,7 %, mais la part en devises continue de baisser à 23,8 %.

Enfin, la stratégie S4 réduit progressivement la part du financement domestique à 88 % en 2028. Les durées moyennes s’allongent à 3,7 ans pour la dette intérieure et 13 ans pour la dette extérieure, tandis que la durée globale du portefeuille atteint 6,4 ans. Le risque de change recule à 29,6 %, et le risque de taux d’intérêt diminue sensiblement, la proportion de dettes à réviser dans l’année chutant à 16,3 %.

Au terme de cette analyse, toutes les stratégies présentent des compromis distincts entre coût, risque et stabilité. Les autorités maliennes devront désormais choisir celle qui garantit la soutenabilité à long terme, tout en préservant la capacité de financement des priorités économiques et sociales du pays.

Par Bernadette W.Gansonré

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