lundi 16 février 2026

Forum international investir au Burkina Faso : l’industrie, le commerce, l’artisanat et la santé à la conquête des investisseurs

Dans le cadre de la première édition du Forum international investir au Burkina Faso (FIIBF), une table ronde sectorielle consacrée aux projets liés à l’industrie, au commerce, à l’artisanat et à la santé a réuni, ce jeudi 09 octobre dans l’après-midi, des investisseurs venus de 48 pays du monde. Modérée par Mambila Bansé, Directeur général de l’Agence burkinabè des investissements (ABI), la rencontre a permis à plusieurs porteurs de projets étatiques de présenter des opportunités à fort potentiel économique, confirmant l’ambition du pays de transformer structurellement son économie à travers des investissements productifs.

Première à intervenir, Rakiata Guigma/Nabi, Directrice générale des études et des statistiques sectorielles (DGESS) au ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, a exposé la stratégie nationale de développement industriel axée sur la valorisation des produits locaux. Selon elle, « le Burkina Faso est résolument engagé dans la transformation de ses ressources naturelles et agricoles pour créer de la valeur ajoutée et des emplois ».

Coton, karité, fruits, cuir : des filières à fort potentiel

Parmi les secteurs identifiés comme porteurs, le coton et le textile occupent une place stratégique. Avec une production annuelle moyenne de 600 000 tonnes de coton graine, le pays ne dispose actuellement que d’une seule unité de filature, Filsah, ouvrant ainsi la voie à de multiples opportunités industrielles. Le gouvernement encourage la valorisation du tissu local à travers un décret incitant au port du Faso Danfani, aussi bien dans l’administration publique que dans les écoles.

Autres filières prometteuses : les fruits et légumes, le karité (avec plus de 1,3 million de tonnes d’amandes produites chaque année), les céréales (arachide, soja, anacarde, sésame) et le cuir et la peau, où des projets de tanneries modernes et de maroquineries sont en gestation. « La vision actuelle est de transformer les céréales aussi bien pour les hommes que pour les animaux » a souligné Mme Guigma. Elle a également évoqué la création d’environ quatre parcs industriels dans plusieurs localités, ainsi que le projet phare du Port sec multimodal de Ouagadougou (PSMO), estimé à 151,8 milliards FCFA. Ce port logistique, implanté sur 356 hectares à Tanghin-Dassouri, vise à fluidifier les échanges commerciaux et à renforcer la compétitivité des exportations burkinabè.

Faso Pharma : un technopôle pharmaceutique pour la souveraineté sanitaire

La santé n’est pas en reste dans cette quête d’investissements structurants. Dr Liliane Marie Aline Gounabou, Directrice générale de la Société d’économies mixtes Faso Pharma, a présenté le projet phare du gouvernement dans le domaine pharmaceutique : la construction du Technopôle pharmaceutique intégré de Kokologho.

Sur un site de 80 hectares, ce technopôle sera aménagé comme une zone franche industrielle, avec des unités de production, d’emballage, de phyto-médicaments, ainsi qu’un centre de recherche et développement et un centre d’excellence pour la formation pharmaceutique. « Ce projet vise à garantir notre souveraineté pharmaceutique et sanitaire », a-t-elle déclaré.

À en croire, la zone offrira des avantages fiscaux et douaniers attractifs, notamment la franchise de taxes et de droits de douane pour les investisseurs. Mme Gounabou a aussi annoncé que Faso Pharma ambitionne d’accueillir ses premières unités de production dès le premier trimestre 2026, pour répondre aux besoins nationaux et sous régionaux. Avec une population combinée de 70 millions d’habitants dans l’Alliance des États du Sahel (AES) et plus de 23 millions pour le Burkina Faso, le marché potentiel est immense. Ce technopôle pourrait à terme réduire la dépendance du Burkina Faso, qui importe actuellement près de 95 % de ses médicaments.

Dans la même dynamique, Zakariya Yabré, Directeur général de l’accès aux produits de santé et PCA de la CAMEG, a présenté un projet complémentaire : la construction d’une unité de production des médicaments essentiels, inscrite dans le Plan d’action pour la stabilisation et le développement (PA-SD) du gouvernement. Évalué à 42 milliards FCFA, ce projet se décline en quatre composantes, infrastructures, ressources humaines, équipements et gouvernance et répond à un impératif sanitaire et économique.

Aux dires de M. Yabré, le profil épidémiologique du Burkina Faso, dominé par le paludisme, les maladies infectieuses et métaboliques, exige une autonomie de production pharmaceutique. En plus de réduire les importations, cette initiative renforcera les politiques de gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les personnes âgées, tout en ouvrant un marché sous régional soutenu par les corridors routiers et ferroviaires du pays.

Des drones pour sauver des vies : la santé connectée au dernier kilomètre

Dernière à intervenir, Dr Carine Esther Wermi, Directrice de la gestion de la chaîne d’approvisionnement en produits de santé au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, a captivé l’auditoire avec un projet innovant : la distribution des produits de santé par drones. Face aux défis sécuritaires et aux difficultés d’accès à certaines zones reculées, le ministère explore cette alternative technologique pour assurer la livraison rapide de médicaments, vaccins et produits sanguins d’urgence.

L’étude de faisabilité, déjà réalisée, dit-elle, a confirmé la pertinence du projet et la disponibilité d’un cadre réglementaire favorable, avec le soutien de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique et de l’Agence nationale de l’aviation civile. Ainsi, a poursuivi Mme Wermi, trois modèles de gestion sont à l’étude : une gestion publique directe, une gestion déléguée à un opérateur privé ou un partenariat public-privé (PPP), privilégié par l’étude, pour un déploiement efficace et durable.

L’objectif est de garantir la disponibilité continue des produits de santé, même dans les zones les plus enclavées, d’après Dr Wermi, qui précise que le projet s’articule autour de quatre composantes majeures qui en assurent la cohérence et l’efficacité. Il s’agit d’abord de la composante équipement et infrastructure, qui prévoit l’acquisition des drones et l’installation des stations de lancement et de réception. Vient ensuite la composante ressources humaines, axée sur la formation du personnel et l’élaboration de manuels d’utilisation adaptés. La composante sensibilisation et engagement communautaire vise, quant à elle, à impliquer les populations locales et à favoriser leur adhésion à cette innovation technologique. Enfin, la composante coordination et suivi-évaluation permettra d’assurer la bonne gouvernance du projet et le suivi de ses performances sur le plan logistique et sanitaire.

En réunissant les porteurs de projets des secteurs industriel et sanitaire, cette table ronde illustre la volonté du Burkina Faso d’attirer des investissements structurants et durables. Qu’il s’agisse de l’industrialisation du coton, de la valorisation du karité, du développement pharmaceutique ou de la logistique médicale par drone, tous ces projets traduisent une même ambition : faire du Burkina Faso un hub économique au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Sous la coordination de l’Agence burkinabè des investissements, ces initiatives s’inscrivent dans une logique de création d’emplois, d’industrialisation et de souveraineté économique.

Par David Yaméogo

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