Lors de la première journée du Forum Investir au Burkina Faso, une table ronde a été consacrée aux secteurs des mines, de l’énergie et des carrières. Ces domaines, au cœur de la politique économique nationale, représentent à la fois une source majeure de revenus et un levier essentiel de souveraineté. Sous la modération du ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zagré, les échanges ont réuni des experts, des chercheurs et des représentants du secteur privé venus explorer les potentialités et les opportunités d’investissement offertes par le pays.
En ouvrant la séance, le ministre a rappelé l’importance stratégique de ces secteurs pour le développement national. « Cette table ronde se tient autour d’un secteur assez stratégique pour moi et pour l’ensemble du pays, parce qu’on parle de mines, on parle d’énergie. C’est un levier de gouvernement qui accompagne légitimement l’ensemble du secteur et qui permet de lever des ressources pour le développement tout en soutenant la quête de souveraineté du pays », a-t-il souligné. Il a salué la présence des participants venus de divers horizons, soulignant la nécessité d’échanges ouverts pour identifier des partenariats porteurs.
Le ministre Zagré a rappelé que le Burkina Faso, malgré les défis sécuritaires, dispose d’un secteur minier solide et résilient. L’or demeure la principale ressource d’exportation, mais le pays regorge également de minéraux stratégiques encore sous-exploités. Il a déclaré que l’objectif du gouvernement est de promouvoir « une exploitation optimale, en phase avec nos réalités du moment et la volonté d’acquérir une certaine souveraineté ».
Les travaux présentés par le Bureau des Mines et de la Géologie du Burkina (BUMIGEB) ont mis en évidence le potentiel géologique considérable du pays. Les données issues des recherches géophysiques et géochimiques couvrent désormais la quasi-totalité du territoire. Elles ont permis d’identifier d’importantes zones minéralisées contenant de l’or, du zinc, du manganèse, du fer, du cuivre, du plomb, ainsi que des gisements de métaux rares tels que le lithium, le cobalt, le tantale, le gallium ou les terres rares.
Cette diversité de ressources offre de multiples perspectives pour les investisseurs. Les métaux précieux et stratégiques représentent des opportunités majeures, en particulier dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la demande croissante de matériaux critiques pour les technologies de pointe. Le ministre a insisté sur la nécessité de développer un cadre réglementaire clair et attractif pour encourager la prospection et l’exploitation responsables de ces ressources.
Au-delà des métaux, le Burkina Faso dispose d’un important potentiel en matériaux de construction et minéraux dits de développement (calcaires, phosphates, marbres, dolomites, graphite ou tourbes). Ces substances, souvent exploitées à petite échelle, constituent pourtant une base essentielle pour la transformation locale et la diversification industrielle.
L’État encourage une meilleure valorisation de ces ressources à travers la mise en place de zones industrielles intégrées et le renforcement des capacités des acteurs locaux. Le ministre a souligné que la réglementation sur les carrières vise à favoriser un usage rationnel et durable des matériaux, tout en soutenant les petites et moyennes entreprises actives dans ce domaine.
Le deuxième grand volet de la table ronde concernait le secteur énergétique, considéré comme le socle du développement industriel et social. « L’énergie contribue fortement en termes de création d’emplois, mais c’est également un levier essentiel qui accompagne la productivité des entreprises et le développement social, notamment en milieu rural », a expliqué Yacouba Zagré. Il a rappelé que le gouvernement s’emploie à renforcer la stabilité du réseau, à diversifier les sources de production et à réduire le coût de l’électricité afin de soutenir la compétitivité des entreprises nationales.
Les discussions ont mis en avant le potentiel du pays dans les énergies renouvelables. Avec un ensoleillement supérieur à 5,5 kilowatts par mètre carré, le Burkina Faso dispose d’un avantage comparatif certain dans le solaire. Des zones à fort potentiel éolien et de biomasse ont également été identifiées, tandis que des études sont en cours sur le développement du mini-hydraulique et la valorisation de l’uranium.
Le ministre a souligné que « l’énergie est un secteur à haute intensité capitalistique, qui demande des investissements massifs. Un mégawatt, c’est beaucoup de milliards », a-t-il précisé, appelant à une meilleure coordination entre acteurs publics et privés pour financer les infrastructures de production et de distribution. L’objectif, selon lui, est d’atteindre un taux d’électrification plus élevé et une fourniture d’électricité stable et abordable sur l’ensemble du territoire.
Une autre intervention a permis de présenter les récentes réformes législatives qui encadrent les secteurs minier et énergétique. Le nouveau Code minier, adopté en juillet 2024, introduit des dispositions favorables à l’investissement et renforce le contenu local. Ce texte, ainsi que la loi spécifique sur la participation nationale, consacrent la possibilité pour les opérateurs privés, nationaux et étrangers, d’investir dans la recherche et l’exploitation des ressources, sous réserve de l’obtention d’un titre minier.
Le cadre réglementaire prévoit également des avantages fiscaux et douaniers importants en phase de recherche et de construction, notamment des exonérations sur la TVA, les droits de douane et l’impôt sur les sociétés. Ces mesures visent à rendre le Burkina Faso plus compétitif et à attirer des capitaux dans des projets à long terme.
Du côté de l’énergie, la loi de 2017 sur la régulation du secteur a ouvert la voie à la libéralisation progressive de la production et de la distribution, en particulier pour les énergies renouvelables. Elle autorise désormais la production indépendante et l’autoproduction, ainsi que la vente d’excédents à la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL). Des réformes complémentaires sont en cours pour moderniser ce cadre et faciliter la participation du secteur privé à travers les partenariats public-privé (PPP).
Pour le ministre Zagré, l’un des enjeux majeurs réside dans la construction de partenariats équilibrés. « Il s’agit d’aller vers un partenariat de type gagnant-gagnant », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité d’une collaboration fondée sur la transparence et la durabilité. Cette approche vise à garantir que l’exploitation des ressources naturelles profite à la fois aux investisseurs et aux communautés locales, tout en contribuant au financement du développement national.
Le contenu local constitue à ce titre une priorité. L’objectif est de favoriser la participation des entreprises et des travailleurs burkinabè à toutes les étapes de la chaîne de valeur minière et énergétique (prospection, exploitation, transformation, services, transport ou maintenance). Cette orientation s’inscrit dans la vision nationale d’une économie plus intégrée, où les richesses extraites du sous-sol bénéficient directement aux populations.
Cette table ronde a ainsi permis de dresser un panorama complet des potentialités du Burkina Faso dans les domaines des mines, de l’énergie et des carrières. Elle a rappelé une évidence stratégique. Sans valorisation durable des ressources, il ne peut y avoir d’économie souveraine ni de développement durable.
Par Bernadette W.Gansonré



