Des experts du monde agricole, des représentants de l’État et des investisseurs se sont réunis pour mettre en lumière les opportunités qu’offre le Burkina Faso dans les secteurs agricole, animal et halieutique. Objectif : susciter de nouveaux investissements capables de soutenir la souveraineté alimentaire et le développement économique. C’était ce vendredi 10 octobre 2025 dans le cadre de la première édition du forum investir au Burkina Faso.
La rencontre, modérée par Joseph Nikiema, directeur général de Bagré Pôle, a permis de passer en revue plusieurs projets structurants portés par l’État et ses partenaires. Elle a également mis en avant le rôle que peut jouer le secteur privé dans la transformation de l’agriculture burkinabè.
Joseph Nikiema a d’abord présenté cinq projets jugés prioritaires par le ministère en charge de l’Agriculture et des Ressources animales. Le premier, localisé dans la région de la Tapoa, représente un investissement de 106 milliards de francs CFA. Les études de faisabilité sont finalisées et démontrent un fort potentiel de rentabilité. Le projet vise à développer un pôle agro-industriel intégré, capable d’améliorer la production locale et de soutenir la transformation sur place.
Le deuxième projet, d’un montant estimé à 16 milliards de francs CFA, concerne la promotion du modèle d’exploitation agricole porté par les promoteurs privés. Il cible trois bassins majeurs notamment Samandéni, Bagré et Sourou. L’objectif est d’encourager les investisseurs à s’impliquer davantage dans la production du riz, un produit dont le Burkina Faso reste encore fortement importateur. Selon le directeur général de Bagré Pôle, il s’agit de permettre au pays de couvrir ses propres besoins de consommation et de réduire la dépendance extérieure.
Trois autres projets, de plus petite envergure, complètent cette stratégie. Ils sont concentrés dans la plaine de Bagré. La première porte sur la location de 1 436 hectares à des promoteurs privés. Les promoteurs sélectionnés devront aménager les terrains, installer les systèmes d’irrigation et assurer la mise en valeur effective des parcelles.
Le second projet consiste en l’aménagement d’une zone piscicole de 30 hectares, dédiée à la production, au stockage et à la conservation du poisson. L’objectif est de renforcer la filière halieutique, encore peu exploitée malgré un potentiel important. Un troisième projet vise à renforcer le centre écotouristique de Bagré, afin d’accroître sa capacité d’accueil et de diversifier ses activités. Le site dispose actuellement d’une centaine de places, mais une extension est envisagée pour répondre à la demande croissante.
Joseph Nikiema a également évoqué la création d’un institut de formation et de développement rural. Ce centre doit former des compétences dans les métiers agro-pastoraux et halieutiques afin de pallier le déficit de main-d’œuvre qualifiée dans la région. Des infrastructures dédiées à la formation, à l’hébergement et à la pratique agricole seront réalisées. Un autre projet en cours prévoit la mise en place d’une unité de production de fertilisants organiques, afin de valoriser les matières premières locales et de renforcer la fertilité des sols.
Prenant la parole, Oumarou Ouédraogo, du ministère de l’Agriculture, a souligné l’importance du développement d’une production locale d’engrais. Le pays dépend encore largement des importations, dont les coûts sont élevés. Le projet de construction d’un complexe industriel de production d’engrais à base de phosphate naturel répond à ce besoin. Il vise à couvrir progressivement 100 % des besoins nationaux en engrais et à rendre la production agricole plus compétitive.
Oumarou Ouédraogo a également rappelé que le gouvernement s’est fixé l’objectif de produire un million de tonnes de riz par an dans le cadre de l’offensive agro-pastorale et halieutique. Cette ambition nécessite une forte mobilisation des acteurs privés, que l’État entend accompagner par des facilités d’investissement et des incitations fiscales. Selon lui, la collaboration entre les secteurs public et privé est la clé pour réduire les risques liés à l’investissement agricole et assurer la stabilité de la production.
Jean Ouédraogo, directeur général de la société d’exploitation des phosphates du Burkina, a apporté des précisions sur la rentabilité du projet industriel de la Tapoa. Les études réalisées indiquent qu’un investissement de 106 milliards de francs CFA peut être amorti en quatre ans, avec un taux de rentabilité interne de 130 %. Les projections sur dix ans font état de plus de 200 milliards de bénéfices cumulés. Ces chiffres illustrent le potentiel économique du secteur agro-industriel et la solidité du modèle proposé.
Les intervenants ont également insisté sur le cadre incitatif mis en place par le gouvernement pour attirer les investisseurs. Marcel Kaboré, représentant la Direction générale de l’économie rurale, a rappelé que le code des investissements agro-sylvo-pastoraux, halieutiques et fauniques accorde plusieurs avantages aux entreprises du secteur. Ce dispositif prévoit notamment des exonérations de droits et taxes sur les importations de matériel, ainsi que des réductions d’impôts pendant les cinq premières années d’activité. Ces mesures visent à faciliter l’installation des entreprises et à stimuler la création d’emplois.
Le ministère a également lancé un appel à projets pour l’attribution de 8 436 hectares dans la plaine de Bagré, répartis en 16 blocs de tailles variables, allant de 52 à 147 hectares. Les projets devront proposer des solutions innovantes et viables pour la mise en valeur des terres. Les conditions d’éligibilité portent sur la capacité financière, la solidité technique et l’engagement à contribuer au développement local. L’appel à candidatures pour cette opération est déjà lancé et la date limite de dépôt des dossiers est fixée au 14 novembre 2025. Les investissements devront être réalisés dans des délais brefs après la sélection.
En conclusion, Joseph Nikiema a souligné que les participants au forum disposent désormais d’une vision claire des opportunités qu’offre le secteur agricole et de ses chaînes connexes. Il a réaffirmé la disponibilité du ministère à accompagner les investisseurs intéressés, tout en précisant que les projets présentés s’inscrivent dans une dynamique de long terme.
Le forum, en créant un cadre de rencontre entre décideurs publics et opérateurs économiques, vise à stimuler l’investissement productif et à encourager la mise en valeur des ressources naturelles du pays. À travers ces initiatives, le Burkina Faso entend faire de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche les piliers d’une croissance inclusive et durable.
Par Bernadette W.Gansonré



