mercredi 11 février 2026

Gabon : L’État décidé d’acquérir 30% du capital de l’usine Santé Pharmaceutique

L’État gabonais a pris une décision stratégique : celle d’acquérir 30 % du capital de l’usine Santé Pharmaceutique, implantée dans la zone économique spéciale (ZES) de Nkok. Cette initiative vise à réduire la dépendance chronique du système de santé aux importations, en posant les bases d’une souveraineté pharmaceutique durable.

Dotée d’une autorisation de mise sur le marché pour 40 produits pharmaceutiques, dont une vingtaine bénéficiant d’une exclusivité nationale, Santé Pharmaceutique était censée incarner l’ambition d’une industrie locale au service de la santé publique. Pourtant, la réalité est bien plus préoccupante.

Selon les données recueillies par un média de la place, l’entreprise n’a généré que 4 millions de FCFA de chiffre d’affaires en 2024, alors que ses dépenses mensuelles dépassent les 100 millions de FCFA. Sur les 300 emplois annoncés à son lancement, seuls 85 salariés sont encore en poste, 15 ayant déjà été licenciés. De plus, 500 millions de FCFA de médicaments sont actuellement stockés, faute de débouchés, dans un circuit de distribution jugé verrouillé.

Ce contraste entre potentiel industriel et réalité économique souligne un paradoxe. En effet, alors que ses produits sont 40 % moins chers que ceux importés, conformes aux normes internationales et à la réglementation gabonaise, l’usine peine à trouver sa place dans le système de santé national. L’entrée de l’État au capital de l’entreprise vise donc à inverser cette dynamique. L’objectif est clair : faire de Santé Pharmaceutique un levier stratégique de la politique nationale de santé publique.

Lire aussi : Coopération Gabon — États-Unis : Libreville sollicite 1 600 milliards de FCFA pour financer sa transformation économique – Horonya finance

Il s’agit d’un engagement fort, visant à revitaliser un outil industriel national. Mais cette initiative ne saurait porter ses fruits sans une intégration réelle de l’usine dans la politique sanitaire nationale, notamment à travers la réhabilitation des pharmacies hospitalières, aujourd’hui largement inopérantes.

La relance de Santé Pharmaceutique constitue un test grandeur nature pour les autorités. Il ne s’agit pas seulement d’un placement financier ; il est question d’inscrire cette unité de production dans les dispositifs de commande publique, dans la couverture des besoins hospitaliers et dans la stratégie de maîtrise des coûts de santé, notamment via la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).

Par Bernadette W. Gansonré

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre Newsletter

Sur le même sujet