Le commerce informel entre le Ghana et ses voisins immédiats, dont le Burkina Faso, continue de peser lourd dans les échanges économiques régionaux. Selon la première enquête nationale sur le commerce transfrontalier informel (ICBT) menée par le Service statistique du Ghana (GSS), la valeur totale des échanges informels entre le Ghana et ses trois voisins – le Togo, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire – a atteint 7,4 milliards de cedis ghanéens, soit environ 384,1 milliards FCFA, au quatrième trimestre de 2024, représentant 4,3 % du commerce total du Ghana sur la période.
Pour le Burkina Faso, ces échanges se sont traduits par un excédent commercial estimé à 576 millions de cedis, soit environ 29,9 milliards FCFA. Avec la Côte d’Ivoire, le Ghana a enregistré un excédent de 378 millions de cedis (19,6 milliards FCFA), tandis qu’il affichait un déficit commercial de 539 millions de cedis (28 milliards FCFA) avec le Togo. En proportion, le commerce informel a représenté 61,2 % du commerce total avec le Togo, 55,7 % avec la Côte d’Ivoire et 37,1 % avec le Burkina Faso.
Présentant le rapport, le statisticien du gouvernement ghanéen, Alhassan Iddrisu, a indiqué que ces données constituent une base essentielle pour la planification économique. « En mesurant systématiquement le commerce informel, nous renforçons les bases d’une meilleure planification économique », a-t-il déclaré. Pour lui, reconnaître la valeur réelle du commerce informel permet de s’assurer que les politiques publiques tiennent compte de l’ensemble de l’activité économique, y compris celle qui échappe aux circuits officiels.
Les produits échangés dans ce commerce parallèle révèlent une forte interdépendance entre les économies frontalières. Du côté des exportations informelles, les principales marchandises sont constituées de boissons alcoolisées d’une valeur de 187 millions de cedis (9,7 milliards FCFA), de boissons gazeuses estimées à 170 millions de cedis (8,8 milliards FCFA), ainsi que d’essence et de vêtements d’occasion. Les importations informelles, quant à elles, sont dominées par l’huile de cuisson d’une valeur de 270 millions de cedis (14 milliards FCFA), les matelas pour 171 millions de cedis (8,9 milliards FCFA), le riz pour 143 millions de cedis (7,4 milliards FCFA) et le bétail pour 159 millions de cedis (8,3 milliards FCFA).
Au total, les produits alimentaires ont représenté 49,6 % des importations informelles et 41 % des exportations informelles, soulignant leur rôle central dans la sécurité alimentaire régionale.
Sur le plan géographique, la région du Haut-Ghana oriental s’impose comme le principal corridor du commerce informel, avec 1,27 milliard de cedis (65,9 milliards FCFA) d’exportations, soit quinze fois plus que les 82,9 millions de cedis (4,3 milliards FCFA) enregistrés dans la région des Savanes. Le poste frontalier de Paga, situé à la frontière avec le Burkina Faso, est identifié comme le point de passage le plus fréquent pour les importations informelles, confirmant la place stratégique du corridor burkinabè dans ces flux économiques.
L’étude révèle par ailleurs la forte participation des femmes dans ces échanges : 65,7 % des transporteurs d’exportation sont des hommes, tandis que les femmes représentent 41,3 % des transporteurs d’importation, notamment dans les régions de la Savane, de l’Ouest et du Nord. Les tricycles et motos constituent les principaux moyens de transport, illustrant la nature à la fois régulière et de petite échelle de ces transactions.
Pour le Burkina Faso, ces chiffres offrent une lecture éclairante d’un commerce parallèle essentiel à la vitalité économique des zones frontalières. Alors que les autorités burkinabè et ghanéennes s’efforcent de formaliser progressivement ces échanges, l’étude du GSS rappelle que le commerce informel demeure un pilier invisible mais vital de l’économie régionale, contribuant activement à la subsistance de milliers de familles vivant de part et d’autre de la frontière.
Par Amhed Coulibaly



