Depuis son lancement en 2018, la Foire commerciale intra-africaine (IATF) s’impose comme une plateforme décisive pour transformer la vision d’une Afrique commerçante en une réalité concrète. Les trois premières éditions, tenues successivement au Caire (2018), à Durban (2021) puis de nouveau au Caire (2023), ont permis de conclure des accords commerciaux et d’investissement cumulés de plus de 120 milliards de dollars américains.
La quatrième édition, ouverte à Alger le 04 septembre 2025, marque déjà un tournant historique avec la participation de 48 pays africains et des previsions de transaction de 44 milliards de dollars, un record depuis la première édition. Pour les organisateurs – Afreximbank, l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf l’enjeu est de démontrer que la Foire n’est pas seulement un lieu d’échanges commerciaux, mais un véritable catalyseur de projets structurants pour le continent.
L’exemple le plus emblématique reste le projet hydroélectrique Julius Nyerere, au barrage de Rufiji en Tanzanie. Ce chantier de 2,9 milliards de dollars , signé lors de l’IATF 2018 avec les entreprises égyptiennes Elsewedy Electric et Arab Contractors, illustre la capacité des acteurs africains à concevoir et financer de grands projets sans dépendre de bailleurs internationaux. Doté d’une capacité de 2 115 MW et produisant plus de 6 000 GWh par an, il fournit désormais de l’électricité fiable à plus de 60 millions de Tanzaniens et ouvre la voie à l’industrialisation du pays.
Mais la Foire n’est pas qu’une vitrine de méga-projets. Elle sert aussi de tremplin à de jeunes entrepreneurs africains. À l’édition de 2018, le Nigérian Ndubisi Arinze Eze, fondateur d’Aerial Industries, a été repéré par des investisseurs singapouriens. Aujourd’hui, il produit des drones agricoles commercialisés en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud.
En 2021, l’Union des Comores a profité de l’événement pour sceller un partenariat avec le groupe égyptien Elsewedy afin de construire le complexe hôtelier Galawa, un cinq étoiles destiné à redynamiser le tourisme comorien. Afreximbank a pris en charge le financement du projet.
L’édition 2023 a également été riche. Afreximbank a signé une facilité de crédit globale de 450 millions de dollars avec ARISE IIP, acteur clé dans le développement de zones industrielles en Afrique. Ce financement profite à plusieurs pays, dont le Malawi, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, la RDC, la Sierra Leone et le Tchad. Dans le même temps, la société mauritanienne SAMAPECHE a conclu un accord de 12 millions d’euros (7,9 milliards FCFA) pour moderniser sa filière halieutique : nouvelle usine, capacité de stockage accrue et extension de sa flotte. Résultat, ses exportations ont bondi de 65 %.
Toutes ces réussites démontrent l’impact transformateur de l’IATF. Pour Afreximbank, il est désormais temps de donner à l’événement une autonomie institutionnelle. L’organisation a ainsi décidé d’installer le siège permanent de l’IATF à Harare, au Zimbabwe, avec une capitalisation initiale de 28 millions de dollars.
Enfin, le rideau s’est levé sur une autre annonce majeure : la cinquième édition de l’IATF se tiendra en 2027 à Lagos, au Nigeria. Une nouvelle étape pour un événement qui s’affirme, édition après édition, comme le carrefour stratégique du commerce intra-africain.
Par Drissa Ouattara depuis Alger



