samedi 7 février 2026

Le Nigeria s’apprête à émettre son premier Sukuk international de 500 millions de dollars pour diversifier ses sources de financement

Le Nigeria entreprend une stratégie audacieuse de diversification de ses sources de financement avec l’émission prochaine d’un Sukuk souverain international de 500 millions de dollars, marquant son entrée sur le marché mondial de la finance islamique. Cette opération s’inscrit dans un plan plus large du président Bola Ahmed Tinubu, qui a sollicité l’approbation du Parlement pour un nouvel emprunt extérieur de 2,3 milliards de dollars (environ 1 380 milliards FCFA) destiné à soutenir la mise en œuvre de la loi de finances 2025 et refinancer une partie de la dette publique.

Dans une lettre adressée à la Chambre des représentants et lue par son président, Tajudeen Abbas, le chef de l’État a expliqué que le cadre budgétaire 2025 prévoit 9,27 milliards de dollars de nouveaux emprunts pour combler le déficit, dont 1,84 milliard proviendrait de sources extérieures, sur la base d’un taux de change de 1 500 nairas pour un dollar. Les financements envisagés incluent des euro-obligations, des prêts syndiqués, des financements-relais ou encore des prêts concessionnels multilatéraux, afin d’optimiser les coûts d’emprunt et de maîtriser les risques de refinancement.

Un des volets essentiels de ce plan concerne le refinancement de l’euro-obligation nigériane de 1,118 milliard de dollars émise en 2018 à un taux de 7,625 %, et qui arrive à échéance en novembre 2025. Selon le président Tinubu, cette opération, conforme aux pratiques courantes sur les marchés des capitaux, permettra de maintenir la viabilité de la dette tout en préservant la crédibilité budgétaire du pays.

Mais l’annonce la plus marquante reste celle de l’émission internationale de Sukuk, un instrument de dette conforme à la finance islamique. Fort du succès rencontré sur le marché domestique – où 1,39 billion de nairas ont été levés depuis 2017 pour financer des infrastructures majeures, notamment des routes – le gouvernement nigérian veut désormais se positionner sur la scène mondiale. L’objectif est de capter des ressources auprès d’investisseurs recherchant des produits conformes à la charia, tout en consolidant la réputation du Nigeria comme émetteur crédible.

Pour maximiser la solidité de l’opération, Abuja envisage d’obtenir une garantie de rehaussement de crédit de la Société islamique d’assurance des crédits à l’investissement et à l’exportation (ICIEC), membre du Groupe de la Banque islamique de développement (BID). Si cette garantie est retenue, 25 % du produit de l’émission serviront à rembourser des obligations coûteuses, tandis que le reste financera des projets d’infrastructures prioritaires.

Avec ce premier Sukuk international, le Nigeria entend non seulement réduire le coût de son endettement, mais aussi renforcer son intégration dans la finance islamique mondiale, un marché estimé à plus de 3 000 milliards de dollars. Une démarche stratégique qui, si elle est menée à bien, pourrait inspirer d’autres économies africaines à explorer les opportunités qu’offre ce segment en plein essor.

Par Drissa Ouattara

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