Les flux mondiaux d’investissements directs étrangers (IDE) vers les économies en développement ont enregistré, en 2023, leur plus faible niveau depuis deux décennies, selon le dernier rapport de la Banque mondiale. Ce recul alarmant survient dans un contexte marqué par une montée des barrières commerciales, une inflation persistante et un endettement public élevé dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire. Les données disponibles indiquent que les économies en développement n’ont capté qu’environ 435 milliards de dollars d’IDE en 2023, soit à peine 2,3 % de leur PIB, un chiffre en recul de moitié par rapport à leur pic de 2008. En comparaison, les économies à revenu élevé ont, elles aussi, vu leurs flux d’IDE chuter à 336 milliards de dollars, leur plus bas niveau depuis 1996.
La présentation de ce rapport survient à quelques jours de la 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement (FFD4), prévue à Séville, en Espagne, du 30 juin au 3 juillet 2025. Cette rencontre de haut niveau rassemblera gouvernements, bailleurs internationaux, secteur privé et société civile pour identifier les leviers à actionner afin de combler les déficits de financement. Le rapport de la Banque mondiale pointe une tendance inquiétante : la moitié des annonces politiques récentes concernant les IDE dans les pays en développement visaient à restreindre les investissements, un record depuis 2010. Il fait également état d’un ralentissement de la croissance économique, d’une augmentation exponentielle des dettes publiques et d’une réduction des budgets d’aide étrangère.
L’étude souligne qu’un pays ouvert au commerce et signataire d’accords bilatéraux d’investissement multiplie ses flux d’IDE. Chaque point de pourcentage supplémentaire dans le ratio commerce/PIB permettrait d’accroître les IDE de 0,6 %, tandis qu’un traité d’investissement peut stimuler les flux bilatéraux de plus de 40 %. Or, la signature de nouveaux accords s’essouffle : seulement 380 nouveaux traités ont été conclus entre 2010 et 2024, contre plus de 1 000 dans les années 1990. La concentration des flux d’IDE reste marquée : dix pays captent les deux tiers des investissements reçus par les économies en développement. La Chine en reçoit près d’un tiers, suivie du Brésil (10 %) et de l’Inde (6 %). À l’opposé, les 26 pays les plus pauvres du monde ne reçoivent que 2 % des IDE mondiaux. En outre, près de 90 % des IDE reçus proviennent des pays développés, dont plus de la moitié émanent de l’Union européenne et des États-Unis.
Face à cette dynamique, le rapport recommande aux pays en développement de recentrer leurs politiques économiques autour de trois axes. Le premier consiste à lever les freins à l’investissement privé en améliorant la sécurité juridique, le climat des affaires et la stabilité macroéconomique. « Une hausse de 1 % de la productivité du travail est associée à une augmentation de 0,7 % des flux d’IDE », souligne le rapport. Ensuite, il s’agira pour les pays concernés de maximiser les retombées des IDE à travers le renforcement du capital humain, la réduction du secteur informel et le ciblage des secteurs porteurs. Enfin, le rapport appelle au renforcement de la coopération internationale, notamment via des mécanismes de partage des risques pour attirer les capitaux privés dans les pays à faible revenu.
Par Léon Yougbaré



