L’agence Moody’s Ratings a abaissé, le 10 octobre 2025, la note souveraine du Sénégal de B3 à Caa1, tout en maintenant une perspective négative. Cette dégradation concerne à la fois la note de l’émetteur à long terme en devises étrangères et en monnaie locale ainsi que la note senior non garantie du gouvernement. Cette décision traduit selon l’agence une hausse marquée des risques entourant la trajectoire de la dette et la liquidité du pays. Depuis sa dernière évaluation en février 2025, Moody’s estime que la dette publique du Sénégal s’élève désormais à 119 % du PIB en 2024, un niveau parmi les plus élevés des économies émergentes et frontières. Ce ratio, supérieur de 12 points à l’estimation initiale, complique sérieusement la capacité du gouvernement à mener un ajustement budgétaire soutenable, malgré l’appui institutionnel offert par son appartenance à l’UEMOA.
Moody’s relève que le retard pris dans la mise en œuvre d’un nouveau programme avec le FMI aggrave les tensions de trésorerie. Le pays demeure fortement dépendant du marché régional de l’UEMOA pour financer ses besoins, à des coûts jugés élevés, avec des émissions de bons et obligations du Trésor représentant près de 8 % du PIB à fin septembre 2025, à des taux oscillant entre 6,75 % et 7,75 %. Cette dépendance, estime l’agence, accroît la vulnérabilité du Sénégal en cas de repli de la confiance des investisseurs régionaux.
Malgré l’objectif du gouvernement de ramener le déficit à 5,7 % du PIB en 2026, contre environ 13 % en 2024, Moody’s anticipe que le poids de la dette restera supérieur à 100 % du PIB jusqu’à la fin de la décennie. L’agence souligne que les marges de manœuvre budgétaires sont limitées, d’autant que la consolidation repose sur une compression des dépenses d’investissement et une mobilisation fiscale encore incertaine, malgré la réforme du Code des impôts et le plan de relance économique et sociale adopté en août.
S’agissant du programme attendu du FMI, Moody’s reconnaît que son approbation serait cruciale pour restaurer la confiance des investisseurs, débloquer des financements concessionnels et atténuer les risques de liquidité. Toutefois, l’agence se montre désormais plus prudente, estimant que plus le soutien du FMI sera retardé, plus le risque d’une restructuration de la dette impliquant des créanciers privés augmentera. Les négociations formelles devraient s’ouvrir à la mi-octobre, avec une conclusion espérée d’ici la mi-2026.
Moody’s note également que les paiements d’intérêts représenteront près de 27 % des recettes publiques d’ici 2026, contre une moyenne de 283 % du PIB pour les États notés B et 355 % pour ceux notés Caa. Cette détérioration du service de la dette s’inscrit dans un contexte de besoins de financement bruts élevés, estimés à 26 % du PIB pour 2025 et 2026.
Les plafonds du pays ont eux aussi été abaissés : le plafond en monnaie locale passe de Ba2 à Ba3 et celui en monnaie étrangère de Ba3 à B1. Moody’s justifie ces ajustements par le poids modéré du gouvernement dans l’économie et la garantie du Trésor français sur l’ancrage du franc CFA à l’euro, qui limite les risques de transfert et de convertibilité.
Enfin, les perspectives négatives traduisent la persistance des tensions sur la liquidité publique. L’agence souligne que de nouveaux retards dans la conclusion du programme du FMI pourraient affaiblir l’appui financier extérieur et accentuer la dépendance du pays au marché régional, déjà sous forte pression. Elle avertit aussi que le niveau d’endettement élevé et les tensions sociales pourraient rendre la mise en œuvre du programme plus complexe.
Par Drissa Ouattara



