L’agence Moody’s Ratings a relevé, le 10 octobre 2025, la note souveraine du Ghana de Caa2 à Caa1, tout en ajustant sa perspective de positive à stable. Cette révision à la hausse concerne également la note de la dette senior non garantie et le programme MTN du pays, reflétant selon Moody’s une amélioration notable des perspectives budgétaires et de la stabilité économique.
L’agence prévoit désormais que le ratio de la dette publique ghanéenne tombera sous la barre de 60 % du PIB d’ici fin 2026, soutenu par une meilleure discipline budgétaire et un environnement macroéconomique plus stable. Cette dynamique favorable est attribuée à la reconstitution des réserves de change, à la baisse de l’inflation, à la diminution des taux d’intérêt à court terme et à des performances extérieures solides, notamment grâce aux exportations d’or et de cacao et à la hausse des envois de fonds.
Après la restructuration de la dette intérieure en 2023, la croissance du Ghana s’est nettement accélérée, passant de 5,7 % en 2024 à 6,3 % au premier semestre 2025. Moody’s anticipe désormais une expansion moyenne de 4 à 5 % dans les années à venir, tout en soulignant la nécessité de surmonter les contraintes structurelles liées aux infrastructures et à la productivité.
Sur le plan extérieur, la balance courante du pays est redevenue excédentaire pour la première fois depuis deux décennies, atteignant 2 % du PIB en 2024 et 3,5 % au premier semestre 2025. Les réserves brutes de change – hors or et actifs grevés – ont doublé en un an, passant de 2,5 milliards à 6 milliards de dollars (environ 3 570 milliards FCFA), tandis que les réserves d’or monétaire s’élèvent désormais à 3,2 milliards de dollars (environ 1 900 milliards FCFA). Moody’s estime que cette dynamique permettra au Ghana de renforcer sa capacité à honorer sa dette extérieure dans les prochaines années.
La baisse des taux des bons du Trésor illustre également cette amélioration : le taux à 364 jours est passé de 30 % fin 2024 à 12,9 % fin septembre 2025. Ce recul des coûts d’emprunt devrait stabiliser les paiements d’intérêts autour de 25 à 30 % des recettes publiques, contre 47 % en 2022, avant la restructuration.
Sur le plan budgétaire, Moody’s reconnaît les progrès réalisés pour renforcer la discipline et la transparence, malgré les dépassements budgétaires de 2024, année électorale. Le déficit global s’était creusé à 7,9 % du PIB, tandis que le gouvernement révélait 67,5 milliards de cedis ghanéens (environ 3 850 milliards FCFA) d’arriérés de paiement. Toutefois, l’agence salue les réformes de gouvernance budgétaire adoptées en mars 2025, notamment la modification de la loi sur la gestion des finances publiques, qui impose le maintien d’un excédent primaire annuel d’au moins 1,5 % du PIB et la réduction du ratio dette/PIB à 45 % d’ici 2034.
Un nouveau conseil budgétaire sera opérationnel en 2026 afin de renforcer la conformité et la responsabilité. Moody’s estime que ces mesures, si elles sont appliquées avec rigueur, permettront de réduire durablement les déficits et de prévenir les dérapages observés lors des précédents cycles électoraux, le scrutin de 2028 étant considéré comme un test déterminant.
La perspective stable accordée au Ghana reflète un équilibre entre les progrès budgétaires attendus et les risques persistants liés aux dérapages politiques ou à d’éventuelles dérives fiscales. L’agence note toutefois que la faiblesse de la base de recettes et le poids élevé du service de la dette continuent de limiter la flexibilité budgétaire.
Par ailleurs, la moitié de la dette du Ghana étant libellée en devises étrangères, le pays demeure vulnérable aux fluctuations du taux de change. Les secteurs du cacao, de l’énergie et de la finance représentent également des sources potentielles de pressions budgétaires, bien que les réformes en cours devraient progressivement en atténuer l’impact.
Enfin, Moody’s prévoit une reprise progressive des émissions obligataires domestiques à partir de 2026, élément clé pour diversifier les sources de financement et réduire la dépendance actuelle aux bons du Trésor.
Par Drissa Ouattara



