Le Sénégal s’engage dans une transformation majeure de sa gouvernance économique. Le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté, lors d’une cérémonie au Grand Théâtre national, un Plan de Redressement Économique et Social (PRES) qui prévoit de mobiliser 5 600 milliards de FCFA sur quatre ans, sans recourir à l’endettement extérieur. Ce choix marque une rupture nette avec les pratiques budgétaires des décennies passées.
Le Plan de Redressement Économique et Social repose sur quatre principaux leviers de financement, exclusivement basés sur des ressources internes.
Premièrement, un montant de 2 111 milliards de FCFA sera mobilisé à partir des recettes fiscales et non fiscales domestiques, c’est-à-dire issues directement de l’économie nationale. Deuxièmement, 1 091 milliards de FCFA seront générés par le recyclage d’actifs publics, sans que cela n’entraîne une cession de propriété ; l’État conservera donc la pleine maîtrise de ses biens tout en les valorisant temporairement. Troisièmement, une économie de 50 milliards de FCFA sera réalisée grâce à une rationalisation du fonctionnement de l’administration, notamment par la suppression de dépenses jugées superflues ou protocolaires. Enfin, 1 352 milliards de FCFA seront mobilisés à travers des mécanismes de financement endogènes innovants, conçus de manière à éviter tout recours à l’endettement extérieur ou intérieur.
Ce repositionnement traduit la volonté du gouvernement de mettre fin à la dépendance aux financements extérieurs et à la logique de l’endettement chronique. Le Premier ministre l’a affirmé avec clarté : « L’ère du chéquier ouvert est terminée. Chaque franc du contribuable sénégalais sera protégé, investi avec rigueur et orienté vers l’intérêt général. »
Au-delà de sa dimension économique, le PRES incarne une vision politique assumée. Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye entend restaurer la souveraineté financière de l’État et libérer l’économie sénégalaise de ce qu’il considère comme une dépendance excessive aux institutions financières internationales.
Selon Ousmane Sonko, « il ne s’agit plus de demander pour agir, mais d’agir pour convaincre ». Ce changement de paradigme met au centre du développement l’effort national, la maîtrise des outils budgétaires et la réorientation stratégique des priorités publiques vers des secteurs à fort impact social et économique.
Une réforme fiscale ambitieuse
Le financement du plan repose également sur une refonte ambitieuse de la fiscalité, visant à élargir l’assiette et intégrer les secteurs sous-taxés ou informels. Plusieurs mesures fiscales structurantes ont été dévoilées par le gouvernement dans le cadre du Plan de Redressement Économique et Social. En effet, l’État sénégalais a décidé de soumettre à l’impôt les plateformes numériques, notamment les services de vidéo à la demande comme Netflix, ainsi que la publicité en ligne. Cette mesure devrait permettre de générer un revenu estimé à 16 milliards de FCFA. Le gouvernement prévoit également d’encadrer fiscalement le commerce électronique (e-commerce), ainsi que les revenus des influenceurs et les jeux de hasard en ligne, un secteur en pleine expansion qui représente désormais 80 % du marché des jeux au Sénégal. Une nouvelle taxe sur les gains des parieurs sera mise en place, avec pour objectif non seulement d’élargir l’assiette fiscale, mais aussi de limiter les effets sociaux négatifs liés à l’addiction aux jeux.
Le mobile money fera également l’objet d’une fiscalisation spécifique, avec des recettes attendues à hauteur de 220 milliards de FCFA sur trois ans, dont 130 milliards sur les transferts et 90 milliards sur les transactions marchandes. En plus de cela, le gouvernement entend relever la taxe sur le tabac à 100 %, soit le plafond légal autorisé, afin d’augmenter les recettes fiscales tout en renforçant les politiques de santé publique. Cette mesure fiscale devrait rapporter 1 milliard de FCFA, tout en répondant à des impératifs de santé publique et de justice sociale.
Des priorités sociales bien définies
Le plan consacre une part importante de ses ressources à la protection sociale et au renforcement des services publics essentiels. Le Premier ministre a annoncé plusieurs mesures, notamment l’augmentation des transferts monétaires directs aux ménages, le renforcement de la couverture sanitaire et la gratuité partielle de certains soins et services scolaires, l’abondement des fonds d’appui aux jeunes et aux femmes pour soutenir l’auto-emploi, une réforme du système de bourses familiales et un meilleur ciblage des ménages vulnérables ainsi que la sécurisation du foncier à travers une meilleure distribution des titres de propriété.
Selon Ousmane Sonko, ces dispositifs visent à bâtir une société plus équitable, où la croissance bénéficie à tous les segments de la population.
Recyclage temporaire d’actifs publics
Parmi les sources de financement alternatives, le gouvernement prévoit le recyclage temporaire d’actifs publics, c’est-à-dire leur mise à disposition d’opérateurs privés, sans perte de propriété.
Parmi les actifs ciblés figurent notamment la base militaire de Bel Air (224 milliards FCFA), les actifs de la SOGEPA (341 milliards FCFA) et le site de Dakarnave (61,8 milliards FCFA). La base de Rufisque, quant à elle, représente un potentiel estimé à 62,5 milliards FCFA, mais son sort reste incertain en raison de considérations sécuritaires.
Assouplissement de la législation sur l’importation de véhicules d’occasion
En réponse à une forte demande sociale, Ousmane Sonko a également annoncé l’assouplissement de la législation sur l’importation de véhicules d’occasion. La limite d’âge passe ainsi de 8 à 10 ans, une mesure saluée par les professionnels du secteur et destinée à alléger les charges supportées par les ménages sénégalais.
Ce geste symbolise une volonté de proximité et d’écoute, en phase avec la nouvelle approche de gouvernance prônée par le régime Diomaye-Sonko.
Amélioration des dépenses publiques
Le gouvernement entend également améliorer la qualité de la dépense publique. À cet effet, plusieurs institutions ont été dissoutes, dont le Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) et le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE). Leurs budgets ont été réaffectés au recrutement de 2 000 enseignants, selon les propos du président de la République sénégalaise, Diomaye Faye.
Le chef de l’État a aussi annoncé l’adoption, dans les jours à venir, de quatre lois majeures sur la transparence, la déclaration de patrimoine, la protection des lanceurs d’alerte et l’accès à l’information publique. Ces textes doivent, selon lui, « répondre aux exigences du peuple en matière de bonne gouvernance et de reddition des comptes ».
Le PRES s’impose comme la pierre angulaire d’une stratégie de rupture, fondée sur la souveraineté économique, la rigueur budgétaire et l’engagement citoyen. Avec une dette publique à un niveau critique, ce plan audacieux ambitionne de redonner à l’État sénégalais la maîtrise de ses moyens d’action.
Par Leila Toé



