mercredi 29 avril 2026

Sénégal : l’État vole au secours d’AIBD SA et d’Air Sénégal SA

Le Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, a pris d’importantes décisions concernant l’Aéroport international Blaise Diagne SA (AIBD SA) et Air Sénégal SA

Des enjeux critiques persistent, en particulier pour Air Sénégal SA et AIBD SA, qui font face à de graves difficultés financières menaçant leur pérennité et leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans l’économie sénégalaise. Depuis sa création en 2018, après la faillite de Sénégal Airlines, la compagnie nationale Air Sénégal a bénéficié d’un soutien financier important de l’État à hauteur de 181 milliards FCFA. Pourtant, elle fait aujourd’hui face à une dette dépassant 118 milliards FCFA, après avoir enregistré des pertes successives de 89 milliards FCFA en 2022 et 57 milliards FCFA en 2023. Ces exercices ont été marqués par des défaillances managériales et des décisions qui nécessitent des investigations, notamment plus de 100 milliards FCFA dépensés en location d’avions. Le plan d’action de relance de la compagnie, initié en 2022, n’a finalement été réalisé qu’à hauteur de 5 %.

S’agissant de l’AIBD SA, elle est passée de société de projet à société de patrimoine en 2017, puis a été désignée comme maître d’œuvre de la stratégie du hub aérien. Elle se trouve aujourd’hui dans une situation critique. Son budget pour 2024 est fixé à 23 milliards FCFA, alors que ses ressources propres ne s’élèvent qu’à 6 milliards FCFA. Cette dérive s’explique notamment par une explosion des effectifs, passés de 275 agents en juin 2021 à 983 en 2024. Par ailleurs, un montant de 200 milliards FCFA issu de la Redevance pour le Développement des Infrastructures Aéroportuaires (RDIA), destiné au développement du hub aérien, a été consommé à travers des contrats classés secret-défense, dont la justification reste à établir. Malgré les 470 milliards FCFA engagés (avenants compris), dont 185 milliards déjà payés, les résultats demeurent limités : un seul aéroport certifié (Cap Skirring) et plusieurs projets lancés mais non finalisés. En outre, aucune évaluation n’a été faite pour envisager une révision de la convention de concession liant l’AIBD SA à la société LAS (Limak/AIBD/SUMA), exploitant de l’aéroport Blaise Diagne de Dakar.

Des orientations stratégiques pour le développement d’AIBD SA et d’Air Sénégal SA

Face à cette situation, le Premier ministre a arrêté plusieurs orientations stratégiques. La première, appelée « objectif stratégique », consiste à consolider Air Sénégal SA en tant que colonne vertébrale du transport aérien national, par la création d’un groupe de sociétés d’aviation diversifié. Ce groupe portera une nouvelle stratégie de développement du hub aérien, visant à renforcer la connectivité domestique, régionale et internationale, en parfaite adéquation avec les ambitions économiques définies dans le Référentiel Sénégal 2050.

La réussite de cette ambition repose sur un partenariat stratégique renforcé avec AIBD SA, gestionnaire des infrastructures aéroportuaires du pays. AIBD SA s’engage à déployer des infrastructures modernes répondant aux besoins croissants du trafic aérien et à soutenir la connectivité des huit pôles de développement économique identifiés dans le cadre du Plan Sénégal 2050. Un dispositif réglementaire robuste sera mis en place sous l’égide de l’Autorité de l’Aviation Civile (ANACIM). Ainsi, la mise en œuvre coordonnée de cette stratégie générera des retombées socio-économiques significatives : dynamisation du tourisme, stimulation des échanges commerciaux, attractivité des investissements et création d’emplois qualifiés.

Cette stratégie exige une coordination institutionnelle exemplaire entre Air Sénégal SA et AIBD SA, sous la supervision des tutelles technique et financière ainsi que de la Primature. Chaque entité conservera son autonomie opérationnelle tout en agissant en cohérence avec les priorités politiques définies par les autorités. Le secteur privé national sera impliqué dans le développement du hub aéroportuaire, notamment à travers des prises de participation, des investissements en partenariat public-privé et l’exploitation des aéroports régionaux. Des mesures seront prises pour instaurer des aéropôles autour des aéroports de Saint-Louis, Ziguinchor et Diass, intégrant des installations industrielles, des centres de formation aéronautique et des équipements commerciaux. Les moyens financiers nécessaires seront mobilisés pour renforcer les capacités de l’ANACIM, notamment via la digitalisation de ses procédures conformément aux standards internationaux.

Un Conseil national des transports aériens, placé sous la supervision du Premier ministre, sera créé. Il constituera un cadre gouvernemental stratégique d’impulsion et de surveillance de la gouvernance administrative, économique et financière du secteur. Il sera composé de tous les acteurs jugés pertinents.

Mesures spécifiques à Air Sénégal SA

Le ministre des Finances et du Budget, ainsi que le ministre chargé du Transport aérien, sont chargés de mettre en œuvre un schéma global d’apurement des dettes d’exploitation et du fonds de roulement d’Air Sénégal SA envers ses créanciers, au plus tard fin juin 2025, afin de rétablir la confiance des fournisseurs et partenaires. Cette opération passera notamment par des emprunts et des dotations suffisantes pour financer les besoins en fonds de roulement. Ils devront aussi faciliter un mécanisme d’accordéon, accompagné d’une injection de liquidités d’un montant minimal de 16 milliards FCFA pour ramener les fonds propres à zéro. De plus, ils veilleront à la finalisation du plan stratégique de développement 2025-2029 de la compagnie et des contrats de performance associés, au plus tard en juin 2025.

Le ministre chargé des Transports aériens devra, en lien avec les organes délibérants, engager un audit complet mené par les corps de contrôle de l’État, pour établir une situation de référence exhaustive d’Air Sénégal sur les plans opérationnel, financier et organisationnel. Il devra aussi adapter le réseau de destinations à la taille de la flotte, en fonction de la demande réelle et des capacités financières disponibles. Des partenariats stratégiques devront également être recherchés. Il est aussi invité à créer une filiale dénommée Air Sénégal Express, dédiée aux vols intérieurs et aux pays limitrophes, dont le capital sera ouvert au secteur privé national.

Par ailleurs, le Premier ministre a exhorté les ministres chargés des Transports aériens, des Finances et de l’Économie à finaliser, dans les meilleurs délais, l’acquisition et le déploiement d’aéronefs de type L410NG, conformément aux termes du contrat commercial et de la convention de financement signés avec les partenaires techniques et financiers (constructeur et banque).

Mesures spécifiques concernant AIBD SA

S’agissant d’AIBD SA, le Premier ministre a demandé au ministre des Transports aériens de finaliser l’audit des marchés existants, de résilier les contrats non essentiels et de réorganiser les marchés prioritaires pour maximiser l’efficience. Il doit également veiller à l’achèvement de l’audit organisationnel et des ressources humaines, ainsi qu’à la mise en œuvre des recommandations, notamment la réorganisation de la société selon un nouvel organigramme recentré sur ses missions essentielles. Il devra poursuivre la rationalisation des dépenses de fonctionnement, en lien avec le Conseil d’administration, pour assurer une gestion rigoureuse au plus tard en décembre 2025. Il lui revient aussi de parachever l’harmonisation des statuts du personnel d’AIBD SA avec ceux de l’ex-Aéroport du Sénégal (ADS).

Le ministre est en outre invité à mettre en œuvre sans délai le plan d’actions issu du processus de certification de l’aéroport de Cap Skirring, afin d’obtenir sa certification définitive et améliorer le taux de conformité du Sénégal aux audits de l’OACI. Il devra également finaliser les travaux des aéroports de Ziguinchor, Matam–Ouroussogui et Saint-Louis, en vue de leur homologation ou de leur transfert à l’ASECNA, respectivement avant la fin 2025 et septembre 2025.

Enfin, les ministres des Transports aériens et des Finances devront finaliser dans les plus brefs délais la convention sur les dettes croisées entre l’État et AIBD SA. Le Premier ministre les a également instruits, avec le ministre du Commerce, de prendre toutes les mesures nécessaires pour le développement du fret aérien, afin de favoriser l’exportation des produits halieutiques, agricoles et artisanaux par voie aérienne.

Par Bernadette W.Gansonré

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