mercredi 29 avril 2026

UEMOA : les présidents des Cours des comptes et les conseillers à la Cour des comptes de l’UEMOA en concertation à Ouagadougou

Du 14 au 18 juillet 2025, Ouagadougou se transforme en épicentre de la gouvernance publique en Afrique de l’Ouest en accueillant la 26e édition de la réunion statutaire des présidents des Cours des comptes des États membres et des conseillers de la Cour des comptes de l’UEMOA, et ce, pour la troisième fois. Le thème retenu pour cette édition est : « Renforcer la reddition des comptes pour une gouvernance publique responsable et moderne ». Une thématique qui résonne avec l’urgence de réformes structurelles dans un espace communautaire en pleine recomposition politique, économique et sécuritaire.

Instituée par l’article 69 du Traité modifié de l’UEMOA, cette rencontre annuelle ne se résume pas à une simple formalité institutionnelle. Elle est, selon les mots du Premier président de la Cour des comptes du Burkina Faso, Latin Poda, « une tribune d’échanges, de réflexion stratégique et d’action concertée » visant à améliorer les systèmes de contrôle, à harmoniser les procédures et à élever les standards de l’audit public dans un espace communautaire confronté à des défis multidimensionnels. « Cette rencontre s’inscrit aussi dans la réponse collective à cette lutte qui exige plus qu’un effort national. Elle appelle à un sursaut institutionnel concerté où la mutualisation des renseignements financiers, le traçage rigoureux des flux transfrontaliers, l’audit coordonné des fonds sécuritaires deviennent nos armes administratives contre le financement du terrorisme ; d’où le rôle crucial des Cours des comptes », a ajouté Latin Poda.

Latin Poda, Premier président de la Cour des comptes du Burkina Faso

Dans un contexte marqué par la fragilité budgétaire des États, aggravée par la montée des dépenses sécuritaires, notamment au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) , M. Poda a souligné que les juridictions financières apparaissent comme des bastions indispensables de la redevabilité. « Gardiennes de l’éthique budgétaire » et « garantes de la soutenabilité des finances publiques », selon ses dires, les Cours des comptes sont appelées à dépasser leur rôle de contrôle classique pour devenir de véritables partenaires dans l’évaluation des politiques publiques et dans la consolidation de l’État de droit budgétaire. Elles doivent, à ce titre, déployer un triple mandat : contrôler, alerter et accompagner, à en croire le premier responsable de la juridiction financière du Burkina. « (…) Il faut que les Cours des comptes mettent en place des mécanismes robustes de contrôle, d’évaluation de l’action publique et de sanction des mauvaises gestions », a-t-il martelé, rappelant que le contexte actuel est marqué par une pression citoyenne en faveur d’une gouvernance équitable et efficace qui ne cesse de croître.

Une vue des participants

La rencontre de Ouagadougou consacre aussi le rôle central que jouent les juridictions financières dans la lutte contre la corruption, la fraude et le financement du terrorisme. À en croire Latin Poda, la mutualisation des renseignements financiers, le suivi rigoureux des flux transfrontaliers et l’audit coordonné des fonds publics apparaissent comme des armes administratives indispensables dans ce contexte d’insécurité dans la région. À ce titre, M. Poda s’est voulu on ne peut plus clair : « En traquant les détournements, vous privez l’hydre terroriste de l’oxygène financier qui l’alimente. »

Pour le président de la Cour des comptes de l’UEMOA, Sègnon Yves-Marie Adissin, cette réunion à Ouagadougou marque « plus d’un quart de siècle de concertation, de solidarité institutionnelle et d’engagement partagé ». En plus, dit-il, cette réunion statutaire donne l’occasion d’identifier les failles afin d’apporter des recommandations concertées. « Depuis la première réunion tenue en 1999 à Dakar, nos échanges annuels ont progressivement forgé un cadre structuré, dynamique et pérenne de coopération et de partage d’expertise entre les juridictions financières des États membres de l’UEMOA », a-t-il conclu.

Sègnon Yves-Marie Adissin, Président de la Cour des comptes de l’UEMOA

Depuis l’adoption en 2009 du cadre harmonisé des finances publiques sous l’impulsion de la Commission de l’UEMOA, les États membres se sont dotés d’outils modernes pour la planification, l’exécution budgétaire et la production d’une information financière fiable. Cette réforme ambitieuse, à en croire Jonas Gbian, commissaire chargé du département de l’Aménagement du territoire communautaire et des Transports à la Commission de l’UEMOA, a positionné les Cours des comptes au cœur des efforts de consolidation budgétaire et de performance publique. Il a réaffirmé que ces institutions sont « les garantes du respect des règles budgétaires et comptables », et qu’elles jouent un rôle clé dans l’évaluation continue de la gouvernance financière au bénéfice des États et de leurs citoyens.

Jonas Gbian, commissaire chargé du département de l’Aménagement du territoire communautaire et des Transports à la Commission de l’UEMOA

Malgré les avancées, plusieurs défis restent à relever. À commencer par la montée des attentes citoyennes, ensuite l’environnement sécuritaire instable et les urgences économiques, et enfin la lutte contre la fraude et la corruption qui commande des actions plus offensives.

Par Léon Yougbaré

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